LUTTE DANS LA SOUFFRANCE
« Dites à notre bonne mère, écrivit-elle à une amie, de n'avoir aucune sollicitude pour nous. Le saint M. Richard déclare que nous réussirons; je crois plus cet homme de Dieu que les mondains qui disent le contraire ‘, » Elle embrassa donc cette croix qui lui était offerte ; et, profilant de la fête de sa supérieure, sainte Madeleine, 22 juillet 1820, elle lui en adressa le témoignage dans ces vers, où M"° Berthold avait exprimé leurs communes ardeurs :
Non, ne croyez jamais que de lâches regrets
Dans nos cœurs attendris puissent avoir accès. Vous le savez, à vous qui lisez dans mon cœur,
La palme du martyre aurait fait mon bonheur !
Mais, pour l’heureux martyre où je ne puis atteindre, J'en trouve un plus caché qui ne se peut dépeindre : Dans ces vastes forêts je ne vois que beautés,
Car l'arbre de la Croix y croît de tous côtés!
Vive le sacré Cœur ! c'est dans ce centre unique
Que l'Amérique est France, et la France Amérique.
Cette lutte de la douleur, prédite, offerte, acceptée, s'ouvrit peu de semaines après. Le démon se déchaïna ; chacune des religieuses connut son jour d’épreuve : il y eut des coups et des blessures pour toutes, et rien de ce qui touchait de près au Sacré-Cœur ne fut épargné. be
La première atteinte, et la plus gravement, fut M"° Duchesne. En septembre 1820, tout son corps fut envahi par une sorte d’érésipèle, suivi d’une fièvre bilieuse, qui la ‘mena en peu de jours aux portes du tombeau. « Mon cœur frémit encore au souvenir du
! Fleurissant, 1820, Lettre n° &,
danger où elle fut pendant huit jours, écrit M"° Audé à la mère Barat, jours d'amertumes et d'angoisses pour vos pauvres enfants, dont l’unique ressource était de se jeter dans le Cœur de Jésus et de répéter à chaque instant, dans le déchirement de l'âme, leur Ita Pater., Nous écrivimes à Monseigneur, qui arriva au moment où elle était le plus mal, amenant avec lui un second médecin, qui la traita avec une grande énergie. Pour nous, notre espérance élait dans la bonté du Cœur de Jésus. Nous redoublâmes de prières, et Monseigneur offrit le saint sacrifice en l'honneur de saint François Régis. Monseigneur ne s’est jamais montré plus affectueux que dans cetle circonstance : c'élait un père qui ne trouvait de consolation qu’à soulager notre peine, nous promettant qu'il serait toujours notre protecteur, notre soutien et notre plus fidèle ami. Il resta avec nous pendant deux jours, et ne reparti qu'à regret le troisième, rappelé à Saint-Louis par une lettre pressante ‘. »
Grâce au ciel, M"° Duchesne fut mise hors de danger. Elle en avait aussitôt reconnu la gravité, mais sans en être ni troublée ni déconcertée ; et voici avec quel calme elle en écrivait ensuite à M"° Barat : « J'ai fait une maladie qui, avec la convalescence, a duré deux mois. J’ai reçu le saint Viatique : jamais je n'ai été si près de voir Dieu. Après avoir eu tant de fois des désirs brûlants d’être avec Lui, au moment où je pouvais espérer de le posséder, je n’ai senti que le néant de mes œuvres, l'exactitude des jugements de Dieu et le vide de mon cœur ?. » La même lettre exprime sa re-
1 Mne Barat, octobre 1820.
2 Fleurissant, 30 octobre 1820; lettre n° 16.