‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 145 sur 270 · SA MALADIE EXTRÈME · texte numérisé non relu

SA MALADIE EXTRÈME

connaissance envers le jeune docteur qui l'avait soignée avec une sorte de religion, et un désintéressement qu’elle appelait filial.

Mais ce fut surtout au divin médecin qu’elle voulut rendre grâces. L'empressement qu’elle mit à l'aller visiter, faillit même compromettre son rétablissement, « Un jour, dit M"° Audé, qu'il faisait extrèmement froid, pouvant à peine se soutenir, elle profita d’un moment où je n'étais pas dans sa chambre pour s’habiller et descendre elle-même dans la chapelle , qui est une vraie glacière. Elle y resta jusqu'à ce que le cœur eût achevé de lui manquer. Je tremble que celte mère que nous aimons tant ne nous soit enlevée par quelque imprudence ; elle n’écoute que les mouvements de sa ferveur !, »

Elle relevée, une autre tomba. A peine M"° Duchesne reprenait-elle quelques forces, que M"° Octavie se fractura le bras, et dut prendre le lit pour trente à quarante jours, avec une fièvre ardente, accompagnée de délire. M" Audé, de son côté, épuisée de fatigues, était fort languissante : « Ah! écrivait cette âme altérée de Dieu, si le soleil de justice daignait seulement darder un de ses rayons sur ce fruit encore vert, et le faire promptement mûrir pour le ciel, afin que de la sorte il ne fût plus en proie au ver rongeur de l’orgueil! J'en éprouve une joie qui fait d'avance tressaillir mon cœur! Et que fais-je ici-bas, où je n'aime pas Jésus”? Non, je n'aime que moi. Demandez que j'aime Jésus pour consoler ma misère, mais surtout que je l’aime en sachant souffrir ?.# .

1 Mme Audé à Mrwe Barat; octobre 1820, p. 24 du Recueil.

2 J'leurissant, 20 mai 1820,

C'est au milieu de cette détresse que la communauté perdit M. de Andreis, qui était pour elle un guide, un père et un modèle, M" Duchesne écrivait, en date du 30 octobre : « Monseigneur, tout le diocèse, et nous en particulier, avons fait une grande perte, en la personne de M. de Andreis, provincial des Lazaristes , premier vicaire général, homme grand en sainteté et en talents pour le ministère, avec une science prodigieuse. Une fièvre putride l’a enlevé, comme je commençais à être mieux. Tout Saint-Louis, y compris juifs et protestants, a suivi son corps et regretté sa mort. On compte déjà plusieurs miracles de lui!, »

Mais une victime, entre toutes, était demandée par le Ciel, et elle achevait alors son immolation. A Sainte- Marie de Grenoble, Aloysia Jouve offrait à Dieu ses souffrances, afin qu'il suscitât des vocations pour ces terres que, hélas ! elle n’espérait plus deservirautrement. Déjà M Barat écrivait à sa tante : « Ce qui m'attriste le plus, est la fin prochaine de notre Aloysia, cet ange de vertu. Nous sommes désolées : priez pour elle et pour nous?, » M"° Duchesne, jusqu'ici si opiniâtrément cramponnée à l'espérance, commençait à ne plus parler que de résignation : « Il paraît, écrivait-elle, qu'Aloysia est maintenant plus malade. Il faut l’imiter dans sa résignation ; mais il m'en coûte bien, je la voudrais

1 Fleurissant, 30 octobre 1820, — Mer Rosati raconte que le jour des obsèques de ce grand serviteur de Dieu, le 15 octobre au matin, à l'heure où son corps fut exposé revêtu de ses habits sacerdotaux, une grande et belle étoile apparut dans le ciel, au sein d’un jour serein, exactement au-dessus du point où reposait le corps de ce saint homme, Son éclat fut visible pour tous, durant trois heures, et elle ne disparut qu’au moment où le corps fut conduit à l'église pour l’inhumation. (Life of the Felix

de Andreis, ch, vur, p.171.) 2 Paris, 24 mai 1820,

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