‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 146 sur 270 · AGONIE DE SA NIÈCE ALOYSIA · texte numérisé non relu

AGONIE DE SA NIÈCE ALOYSIA

ici ‘, » Elle comprit bientôt que Dieu lui demandait ce suprême sacrifice, comme nous l'apprennent ces lignes presque désespérées. « La mère Thérèse m'apprend l'agonie de ma chère Aloysia. Hélas! quand on est ici, après avoir traversé les mers, on n’a plus d'amis à revoir que dans le ciel, C’est là que je les vois tous ?, »

Tant de coups redoublés finirent par toucher et ébranler les cieux. « O chères âmes qui souffrez, écrit un auteur spirituel, dites-vous que, pour votre part, en union avec Jésus, vous rachetez le monde. La prière peut beaucoup, mais elle est loin de parvenir où la douleur arrive... C’est par là encore que « mourir est un gain »; et l’on peut être consolé et fier de souffrir, quand on sait que la croix est définitivement un instrument de triomphe ?, »

Grâce à cette arme puissante, le combat s'achevait, la victoire se déclarait, et déjà Dieu commençait à en montrer le prix. Au plus fort des souffrances de ce douloureux automne de 1820, M"° Duchesne constatait des germes de vocation dans plusieurs pensionnaires : « Eulalie Hamilton et Émilie Saint-Cyr, ainsi que l'orpheline Mary-Anne Summer, manifestent toutes trois le désir d'être religieuses, » note le journal de la supérieure.

À une autre cependant était réservé l'honneur d’ouvrir la brèche et d'entrer la première dans la place. De loutes les paroisses ou congrégations du Missouri, la plus fervente était celle des Barreins au Bois-Brûlé. Un jour, M. Rosali, qui la dirigeait et quelques autres prêtres,

1 À Mme Thérèse Maillucheau, 30 novembre 1820, 2 F'leurissant, 7 mars 1821.

3 Mer Gay, De la Vie et des Verlus chrétiennes : la Douleur, p. 328,

étant venus souper au Sacré-Cœur de Fleurissant , en faisaient cette description à M"° Duchesne : « Il y a tous les dimanches plus de soixante communions, et le samedi une vingtaine, souvent plus d'hommes que de femmes. Il n’y a pas dans celte paroisse huit personnes qui n'approchent de la communion tous les mois. On n'y voit aujourd’hui ni danses, ni cabarets, ce qui ne peut se détruire ailleurs !, » Or, de cette fervente paroisse, était venue à Fleurissant une simple et bonne fillenommée Mary Layton, médiocrement cultivée, — elle ne savait paslire, — mas remplie de courage et d'amour de Dieu. Quoiqu'elle n’eût que vingt ans, elle déclara qu'elle voulait être du Sacré-Cœur; et de plus, foulant aux pieds le préjugé national, elle se déclara prête à y être mise au rang de sœur coadjutrice. La postulante reçut l’habit le 22 novembre, fète de sainte Cécile. C'était quelques semaines après la grande maladie de M"° Duchesne, presque aulendemain de la mortdeM.deAndreis. M"°Duchesnetriomphait, et voici en quels termes magnifiques elle raconte cet heureux événement : « En ce grand jour, celles de nos élèves qui ont quelques dispositions naturelles pour le chant, chantèrent la messe en musique, et fort bien. Nous avions laissé l'autel paré de la veille, fète de la Présentation de Marie au Temple, en laquelle nous avions renouvelé nos vœux. Nous avons profilé de la solennité pour donner plus d’apparat à la première prise d’habit faite dans la haute Louisiane depuis le commencement du monde, heureuses d'y voir une viclime du sacré Cœur de plus ?. »

En effet, ce fut bien en qualité de victime qu’entpa au

1 Mme Duchesne, 29 août 1820, 2 A la mère Thérèse, 30 novembre 1820,

LA PREMIÈRE NOVICE AMÉRICAINE 283 Sacré-Cœur cette sœur Mary Layton!, que, de la pompe de celte fête, on vit passer résolûment à l’étable de la maison. « Notre novice persévère en toute humilité, se plaignant seulement de n'être pas assez reprise, écrivait Me Duchesne à la mère Barat. On ne peut se faire une idée de ce qu’elle souffre à tirer les vaches dans la boue, la neige, la glace, souvent avec la pluie sur le corps ou exposée à un froid qui ôte tout mouvement. Un jour il a fallu couper le lait avec un couteau et un marteau comme on casse le sucre. Et cependant l'hiver a été moins rigoureux que l’année passée ?. »

Le rempart que l’orgueil avait opposé aux vocations religieuses avant été forcé par cette généreuse fille, d’autres suivirent la même voie avec une ardeur pareille, et les religieuses de chœur y entrèrent à la suite des sœurs coadjutrices.

Le 19 mars, fête de saint Joseph, M" Émilie Saint- Cyr reçut le voile, en même temps que la sœur Summer. Mais une double vocation, qui suivit celle-là de près, parut spécialement à M"° Duchesne la réponse de Dieu au cri de tant de sacrifices. Depuis quelque temps ses leltres parlaient de deux pensionnaires, deux sœurs, d’une famille très-chrétienne et d'un mérite distingué, qui lui semblaient être appelées au Sacré-Cœur. Ces deux jeunes sœurs étaient M'+ Mathilde et Eulalie Hamilton, les mêmes que nous avons vues précédemment demander à M"° Barat l’aide de ses prières, pour n'être jamais séparées du sacré Cœur de Jésus.

t‘ La sœur Mary Layton est morte au mois de mars 1876, après avoir

L'availlé cinquante-six ans dans la Société, 2 ['leurissant, 18 février 1821.

La famille de ces deux pensionnaires d'espérance, sortie de Maryland, s'était établie proche de Kaskaskias, dans la haute Louisiane. Sa maison était l'asile des missionnaires français que l’évêque y envoyait pour apprendre l'anglais, et qui y recevaient une hospitalité digne des anciens jours. Dieu en récompensa la famille Hamilton par une grâce insigne : la vocation religieuse d’Eulalie et de Mathilde. Leur grand’mère, M"° Fenwick, une femme admirable, leur avait donné dès l’enfance à toutes deux l'exemple et les leçons d’une solide vertu. Mises ensuite en pension à la ferme de Fleurissant, elles y avaient entendu, sous la direction de M. de Andreis, le premier appel de Dieu à la vie religieuse. La première, Eulalie, passa simplement, et. comme de plain pied, du pensionnat dans le cloître, où elle reçut le voile le premier vendredi du mois de mai 1821, avec le nom de Regis qu’elle continue de porter dans la fidélité au service de Jésus-Christ, dans la Société. La seconde, Mathilde, fut plus éprouvée : au sortir du pensionuat, rejetée dans le monde, dont elle devint l’idole, elle y eût oublié ses hautes destinées, si le Seigneur n’eût fait entendre solennellement sa voix. Elle était à la veille de s’embarquer pour l’Europe, quand le P. Dunand, son parrain, étant venu chez elle, lui rappela sa vocation, et décida sa famille à la laisser rentrer au Sacré-Cœur. Elle y revint la veille même de la prise d’habit de sa jeune sœur Eulalie. Cette cérémonie fit sur elle une telle impression de lumière et de grâce, qu’elle déclara que désormais, elle aussi, était à Dieu, à la vie, à la mort, Le 16 juin 1821, elle reçut le voile des mains de M" Dubourg. « Elle prit, dit M° Duchesne, le nom de Xavier, par amour pour l'Apôtre

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