‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 151 sur 270 · FONDATION AU GRAND-COTEAU · texte numérisé non relu

FONDATION AU GRAND-COTEAU

« C'est à la vérité une campagne, mais un quartier riche pour la culture du sucre. Ces trois établissements, Fleurissant, les Opelousas, et plus tard, sans doute, la Nouvelle-Orléans, tiendront toute la Louisiane en longueur. » C'est ainsi que la stratégie de l'ardente conquérante avait déjà dressé tout son plan de campagne.

M'° Barat, ayant prié, attendu, consulté, reconnut dans cette œuvre la volonté de Dieu. La mère Duchesne, toujours oublieuse d'elle-mème, lui avait proposé, comme chef de cette expédition, M" Eugénie Audé : « Quant à moi, ajoutait-elle, vous me placerez où vous voudrez. Tout désir est éteint en moi, hormis celui de faire la volonté de Dieu. Ma dernière maladie m'a établie encore plus dans cette indifférence !, » Celle qu'elle désignait pour la remplacer, dans le laborieux honneur d’aller consacrer une nouvelle maison au Sacré- Cœur de Jésus, y était préparée par des qualités déjà éprouvées. « Dieu, disait M"° Duchesne, l’a faite pour le commandement ?, » Dans la communauté, personne n'avait autant qu'elle le don de plaire aux enfants et d'attirer les mères. Un extérieur heureux et des manières honnêtes exerçaient autour d'elle une première attraction, que complétait promptement le charme d’un esprit délié, persuasif et plein d'agréments. Mais sa force principale résidait dans le cœur. Ce qu’elle aimait le plus ardemment au monde, après M"° Barat, c’élaient ses élèves; et son grand dévouement, un dévouement que nous verrons ne reculer devant rien, ni devant la maladie, ni devant le péril de la mort, lui donnait cet

1 Fleurissant, 30 octobre 1820, 2e f., p. 3, et 15 août 1821. 3 Fleurissant, 24 juin et 15 août 1821.

empire que sont assurés d'obtenir finalement tous ceux quivivent par le cœur, et qui savent en parler la langue sacrée. |

Mr Audé fut donc nommée; et, peu de temps après, la mère Barat lui adressa d’admirables conseils, qui se résument ainsi : « Ma chère Eugénie , nous avons toutes goûté les raisons de votre mère, et je ne puis qu’approuver la fondation des Opelousas... Adieu, ma chère fille, priez souvent pour celle qui pense souvent à vous, surtout depuis qu'elle sait quelle charge le Seigneur vous confie. Soyez remplie de courage et de confiance : le Cœur de Jésus vous soutiendra !. » Une lettre postérieure faisait savoir à la même que M"° Duchesne avait, sur la maison des Opelousas, l'autorité d’une Provinciale : « C’est le titre qu’elle aurait reçu, si ce terme eût été admis parmi nous. Recourez donc à elle pour les choses pressées, et ne réservez pour nous que les plus difficiles et les plus importantes. » L'unité et la force de la mission d'Amérique dépendaient de ce lien de subordinalion.

Le 30 juillet 1821, veille de Saint-Ignace, il fut convenu avec M Dubourg que la fondatrice de la maison du Grand-Coteau partirait le dimanche suivant, emmenant avec elle la sœur Mary Layton, laquelle devait rester son unique compagne jusqu’à l’arrivée des religieuses de France, promises et annoncées par la mère Barat. Au moment du départ, M"° Duchesne voulut, malgré son dénûment, remettre à sa chère fille Ja somme de cent piastres, environ 500 fr., « pour le plus nécessaire de la chapelle et du vêtement ?. » L’évêque,

1 Paris, 13 novembre 1821.

2 Lettre du 15 août 1821, el Journal du 31 juillet, p. 20.

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