‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 153 sur 270 · DESCRIPTION DU GRAND-COTEAU · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DU GRAND-COTEAU

menses forêts élèvent leurs arbres gigantesques au feuillage varié, couverts le plus souvent d’une mousse verte et grisâtre que les indigènes nomment Barbe espagnole. Là des plantes aquatiques s’étalent sur les eaux; plus loin des groupes de magnolias entrelacent leurs branches, et forment, de leurs larges feuilles et de leurs grandes fleurs blanches, une barrière impénétrable aux rayons du soleil. Sous cette voûte, tour à tourobscure et éclairée, le Bayou endort ses eaux noires et silencieuses. Puis tout à coup, sortant de l’épaisseur des bois, le voyageur se trouve devant une vaste plaine couverte de hauts herbages, qui se déroulent bien loin au delà de son horizon. Les légères ondulations du terrain, l'absence d'arbres, l’uniformité du gazon semé de. milliers de fleurettes, éveillent dans l’âme le souvenir de l'Océan et le sentiment de l'immengsité, Ni collines, ni rochers, ni haies, ni murailles n’y arrêtent le regard : c’est une nappe de verdure incommensurable; et parfois un mirage, montrant aux yeux la mer à une petite distance, complète l'illusion en achevant la ressemblance. »

Une partie de cesterres, naturellement fertiles, avaient été transformées en riches cultures de sucre et de coton. Deux cent quarante arpents formaient le domaine possédé par M" Smith. Les seules habitations clair-semées sur cet espace étaient celles des familles de colons et de planteurs, dont chacune formait une espèce de hameau, comprenant maison de maîtres, moulins de blé et moulins de sucre, trapes de coton, infirmerie, enfin plusieurs rangées de cases parallèles, séparées par des jardins et nommées & le camp des nègres ». Il y ävait

alors de soixante à quatre-vingts de ces plantations

sur la paroisse de Saint-Landry, au centre de laquelle s'élevait le toit modeste d’une petite église en bois. Le curé, M. Brassac, desservait en même temps la paroisse d’Alexandria, à quatre-vingts milles au nord de Saint-Martinville, de Vermillonville au sud, enfin, de Bayou-Chicot à l’ouest. Ces quatre ou cinq petits bourgs, abritant ensemble une population d'environ vingt mille âmes, devaient subvenir au recrutement de l’école fondée par le Sacré-Cœur.

La maison que M"° Smith avait fait bâtir pour recevoir les religieuses couvrait une surface de cinquantecinq pieds carrés. C'était une construction en bois, bien travaillée, dans le goût américain, peinte en dedans et en dehors, avec une veranda ou galerie couverte, une basse-cour, une avant-cour ombragée de jeunes arbres, un parc pour les animaux, et, derrière la maison, un verger spacieux pour la promenade des enfants. La cuisine, les infirmeries et les réfectoires composaient autant de maisonnettes distinctes à un seul étage. Leur isolement était tel, qu’elles furent plus d’une fois visitées par les loups de la forêt voisine. Le jardin était planté : « Nous aurons dans notre verger, écrivait M"° Audé, plusieurs arbres fruitiers, et en particulier des figuiers et des pêchers. Le sucre et le café y viennent aussi très-bien. Mais c’est le coton et les bœufs qui sont les objets principaux du commerce. On voit ici des prairies presque sans bornes, couvertes de bœufs, de vaches et de chevaux paissant en liberté !. »

Au moment de s'établir, une difficulté s’éleva sur les

1 À Mrne Barat. Grand-Coteau, 5 septembre 1821.

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