‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 155 sur 270 · MALADIE DE MADAME AUDE · texte numérisé non relu

MALADIE DE MADAME AUDE

suite de ces fatigues. Elle crut à sa fin prochaine. Brûlée de soif, privée de tout par la négligence des nègres, même d’une goutte d’eau pour se désaltérer, M'"° Audé en appela à Jésus, son époux. Elle demanda au curé, M. l'abbé Brassac, de lui apporter la sainte communion. « Lorsque, raconte-t-elle, — et ce récit est admirable, — lorsque je sentis la sainte Hostie dans ma bouche, j'éprouvai un grand saisissement, et je dis à Notre-Seigneur : « Si vous vouliez, vous pourriez me guérir; mais je ne vous le demande pas, je suis entre vos mains, et je veux y rester. » Il me sembla alors que Notre-Seigneur me disait : « Crois-tu que mon Cœur puisse guérir le tien? — O Jésus, oui, je crois même que votre nom seul, prononcé avec foi, peut guérir toutes mes langueurs. » Dès ce jour la fièvre me quitta, et, le lendemain, je me trouvai aussi forte qu'avant d’avoir été malade. J'étais si contente que je pleurai de joie, non pas tant d’être guérie, que de l'avoir été sans remèdes, par Jésus seul !. »

M" Duchesne suivait tous ces événements avec un cœur de mère. Cette maladie de sa fille en particulier la jeta dans une angoisse dont elle voulut sortir en écrivant directement à M. Brassac. La réponse qu’elle en reçut lui apporta, avec de meilleures nouvelles, le témoignage de la sympathie qu’excitaient au Grand- Coteau l’entreprise et la personne de M"° Audé. « M Smith, disait cette lettre, apprécie bien le trésor qu'elle doit à votre discernement; et un des vœux les plus ardents qu’elle adresse au Ciel est qu'il bénisse les projets et les travaux de votre sœur. Les parents

1 À Mme Barat. Opelousas, 6 déeembre 1821.

des enfants qui ont été confiées à M"° Eugénie n'ont qu'une voix pour exprimer leur contentement. Je ne doute pas que l'élablissement ne réussisse très-bien. Il a eu à surmonter des difficultés ; il peut en rester encore. Mais quelles sont les entreprises pour la gloire de Dieu qui ne rencontrent pas d'obstacles 1? »

M"° Audé avançait donc, travaillait donc quand même, le regard fixé sur le type dont elle parle si bien dans les lettres suivantes : « Jésus, mes mères, nos sœurs, voilà les noms qui ont toujours pour nous de nouveaux charmes, Ils sont le seul baume de ma vie, et mon seul soutien parmi toutes mes peines *?. » Et, peu de semaines après, à la mère Barat : « Je me figure que j'ai devant moi une petite toile où je voudrais calquer les traits d’un grand tableau, jusqu’à ses plus petites nuances; mais je ne fais que barbouiller. Vienne le peintre, dont la main charitable et expérimentée guide ma main novice pour ajouter et retrancher, afin que la copie ait avec l'original une ressemblance parfaite. Eh bien! le grand portrait est notre chère Société, la petite image est la maison des Opelousas confiée aux mains de la pauvre Eugénie; le peintre charitable sera ma digne mère, qui retranchera, corrigera tout ce qu’elle trouvera à reprendre, sans trouver jamais aucune résistance *. »

Le Cœur de Jésus commençait donc son règne dans cette maison. On y avait construit un petit log-house pour les élèves externes. Cinq jeunes enfants avaient inauguré le pensionnat. Nées et élevées au milieu de

1 Les Opelousas, 4 février 1822, 2 Grand-Coteau, 20 février 1822.

8 Grand-Coteau, 2 mars 1822,

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