‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 156 sur 270 · L'ÉCOLE DU GRAND-COTEAU · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE DU GRAND-COTEAU

ces plantations, les écolières ne savaient rien des usages d'Europe. C'est ainsi qu'à une visite de M“ Dubourg, elles n'eurent pas plutôt vu sa soutane violette qu'elles se mirent à s'enfuir, en criant : « Un Espagnol! C'est un Espagnol! » On eût cru à l'invasion d'un nouveau Cortez. En matière religieuse leur ignorance était telle que les noms de nos saints mystères n'avaient nul sens pour elles. Leur parlait-on de l'enfer : « Est-ce que vous l’avez vu? » demandaient-elles naïvement. L'une d'elles, âgée de quinze ans, nièce de M"° Smith et presbytérienne de naissance, s'était imaginé qu'en arrivant chez sa tante elle la trouverait aux genoux de dieux d’or et d'argent! M"° Audé la disposa à recevoir le baptème; et Dieu toucha de telle sorte le cœur de la jeune fille que souvent la maîtresse était obligée de suspendre l'instruction, en voyant l'abondance des larmes que lui arrachaient le regret, l'amour de Dieu et l'admiration !. |

Ce n'était là toutefois qu’une prise de possession. On ne pouvait s’y maintenir sans le secours d'un renfort. Le premier qu’on reçut fut envoyé de France, sélon la promesse de M"° Barat.

Les vocations pour les missions se multipliaient donc dans la mère patrie. Ce n’était pas le fruit le moins salutaire de l'initiative de M" Duchesne, comme le P. Varin l'en félicitait dans les lignes suivantes : « Ma’ fille, que je trouve votre sort heureux et digne d'envie! Ce doit être aussi pour vous une grande consolation et un nouvel encouragement d'apprendre que vos sœurs de France se disputent, devant le Seigneur et auprès

! Mme Audé à Mme Barat, 4 décembre 1821,

de leur mère, la gloire et le bonheur de marcher sur vos traces. Il y en a plusieurs que je suis obligé de consoler, en leur faisant espérer que leur tour viendra. Voyez donc, ma fille, quelle a été la bonté de Dieu envers vous et vos premières compagnes, de vous avoir choisies pour frayer la roule à toutes celles qui recevront mission pour propager, au delà des mers, l’aimable et salutaire dévotion du sacré Cœur de Jésus'.» Tel était aussi le sujet des lettres de M"° Barat, qui, en annonçant le départ de ses filles, écrivait le 23 novembre 1821 : « Elles ne seront que deux. Plusieurs des nôtres brûlent pareillement du désir de partir; mais il faut auparavant former quelques remplaçan- Les. »

Les deux religieuses missionnaires acceptées pour l'Amérique, étaient M°° Lucile Mathevon, de la maison de Grenoble; et M" Murphy, de la maison de Paris.

Me Mathevon, qui vient de finir en Amérique une vie tout apostolique, était orpheline de père et de mère, quand on la confia à M°° Duchesne , en son monastère de Sainte-Marie-d'en-Haut. La vocation pour les missions lui était venue, après Dieu, des exemples de celle mère, aux traces de laquelle elle devait, pour ainsi dire, attacher sa vie entière. C'était une femme de zèle, trèsactive, très-dévouée, douée de cette facilité à se prêter à tout, et de cette disposition à prendre tout en bien, qui sont la condition et la plus précieuse ressource de la vie de missionnaire. « Ms: Lucile pourra vous faire une supérieure, mais dans quelques années, écrivait

1 Copie de Mme Duchesne, p. 51, lettre 32e,

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