‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 157 sur 270 · MESDAMES MATHEVON ET MURPHY · texte numérisé non relu

MESDAMES MATHEVON ET MURPHY

la mère Barat. On ne peut trouver une vocation plus soutenue et un zèle plus actif et plus universel. Elle a de la vertu, du jugement; elle s'entend à l'ordre et à l'économie. Elle a aussi l'âme forte et nous a édifiées pendant son passage ici. » Elle était donc venue de Grenoble à Paris avant de s'embarquer ; et tel fut l'adieu que lui adressa la mère générale : « Ma chère Lucile, j'ai toujours vivement désiré aller aux sauvages pour leur faire connaître Dieu et Notre-Seigneur Jésus- Christ. C'est vous, ma chère fille, que j'envoie à ma place! » M"° Mathevon, qui, à celte époque, croyait que toute l'Amérique était sauvage, ne comprit que plus lard le sens spécial de ces paroles, qui étaient une prophétie, et qui vibrèrent dans son cœur jusqu’au dernier soupir !,

La seconde des partantes, M"° Anna- Murphy, était une [rlandaise, âme extrêmement candide, intelligence cultivée, caractère aimable autant que généreux : « Elle a trente et quelques années, mandait la supérieure ; elle sera très-utile à M"° Eugénie pour son pensionnat. Le caractère des Irlandais ressemble beaucoup au nôtre, les Irlandaises plaisent beaucoup. Rien d'ailleurs ne lui coûte pour suivre sa vocation *?, » M° Murphy, dès son départ, prit le nom de Xavier, en l'honneur du grand saint dont elle voulait être l'émule par l’a- | postolat, | |

M Lucile Mathevon fut destinée à Fleurissant, où elle arriva le lundi de Quasimodo, 15 avril 1822 : « Je ne puis vous dépeindre la joie que j'ai éprouvée en voyant la mère Duchesne, écrivait-elle peu après à la mère

! Notes sur la fondation de Sugar-Creek et la mère Lucile, 5 À ? Paris, 6 février et 23 novembre 1821,

générale. Tout me contente, tout me touche ; je sens que le Seigneur me voulait ici. Je suis toujours disposée à faire ce qu’il voudra; et ma plus grande peine est de ne pouvoir en faire assez pour lui', » M" Duchesne se réjouit d'autant plus de son arrivée qu'elle crut que M" Mathevon allait être nommée supérieure en sa place. I] fallut que la mère Barat la tirât de cette illusion : « Comment avez-vous pu penser que M"° Lucile vous remplacerait? Vous êtes où Dieu vous veut, c'està-dire chargée non-seulement de votre maison, mais de celle de M"° Audé : cela est nécessaire. »

M'"° Murphy fut envoyée auprès de M"° Audé, qui faisait d'elle cet éloge : « Ma sœur Murphy me paraît être une âme de foi; c'est de celles-là qu'il faut ici ?, » La nouvelle venue prononça ses vœux au mois de mai, entre les mains de Mf Dubourg : « Ma chère mère, écrivit la généreuse étrangère à sa mère générale, lorsqu’en formulant mes vœux je prononçai votre nom, je ne sais quel mélange délicieux de sentiments j'éprouvai en moi-même. Je me prosternai en esprit à vos pieds: et il me semblait aussi que vous embrassiez encore une fois votre pauvre Xavier *, » Une maladie qu'elle fit peu de temps après l’affermit dans le dessein d’être à Jésus pour toujours. C'était l'admiration de M"° Audé : Q Un jour, dit celle-ci, elle me confiait qu'à Paris elle répétait souvent : «Ou aller en Amérique, ou mourir.— Eh bien, lui dis-je, maintenant que vous y êtes, il faut dire : Persévérer ou mourir. —C'est le plus grand et le seul désir de mon cœur, » me répondit-elle. Elle me fit

1 Fleurissant, 20 juin 1822, 4 Grand-Coteau, 10 avril 1822 ; et à Mme Duchesne, 14 avril, à Grand-Coteau, 17 mai 1822,

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