CHAPITRE VI
VOYAGE DE M'° DUCHESNE AU GRAND-COTEAU SA VISITE A MM° AUDÉ SON RETOUR — LA FIÈVRE JAUNE — SES PÉRILS EXTRÈMES SA LONGUE PRIVATION DE JÉSUS
Juillet à octobre 1822
Voici en quels termes M"° Duchesne, écrivant à la mère Barat, raconte son voyage aux Opelousas :
« Nous partîmes de Saint-Louis, le 20 juillet 1822, et nous fîmes le voyage en compagnie de trois prêtres, qui n’ont pu nous procurer aucun secours en route. Le lendemain du départ, qui était un dimanche, nous espérions avoir la messe à Sainte-Geneviève; mais, le capitaine voulant charger du plomb à Herculanum , nous fûmes obligées d'y rester jusqu’au soir.
.« Là Dieu nous dédommagea de cette privation par la rencontre que nous fimes de deux petites filles du pays qui, s’atlachant à nos pas, nous suivaient, avec leur chien, sur le bord du fleuve où nous étions descendues. Leur père vint bientôt après, nous demandant si nous étions catholiques romaines. Nous dîmes que nous l’étions, en ajoutant qu'il devait faire baptiser ses enfants
dans la véritable Église. L'aînée l'étant déjà, il consentit au baptême de sa fille cadette. Nous appelâmes aussitôt un des prêtres passagers, et le baptême se fit au grand contentement des parents. Notre pensionnaire fut marraine, et le prêtre promit de revenir, dans le cours de ses missions, visiter chaque fois cette plage délaissée, où il y a d’ailleurs très-peu de catholiques. »
« Le 22, fête de sainte Madeleine, nous relâchâmes à Sainte-Geneviève, où nous eûmes la messe et nous reçümes la communion. Nous l’offrimes à Dieu, en union avec celles qui se font dans toute notre Société pour notre commune ei chère mère Barat.
« Le 28, dimanche, nous fûmes à Natchez, où nous espérions recevoir la communion... Nous dinâmes chez le curé, jeune prêtre flamand nommé M. Mano, dont la santé était gravement compromise, moins je crois par les travaux du corps que par les peines du cœur, car ce pauvre prêtre n’a que peu de fidèles et une église en bois qui s'élève humblement au milieu de plusieurs beaux temples protestants. On entrait en foule dans celui des presbytériens, où nous fûmes sur le point de nous rendre par erreur. Instruites de notre méprise, nous allâmes à la messe dans l’église catholique, le cœur bien serré, en voyant la solitude qui l’environnait! »
Telle fut la première partie de ce voyage, où l'âme tout apostolique de M"° Duchesne éclate en si nobles et si simples accents. Jusque-là, le parcours avait été heureux. Les voyageurs, il est vrai, avaient eu à souffrir de l’incommodité d’une chaleur excessive, du voisinage des chaudières, et des maringouins, « qui les avaient