SA VISITE AU GRAND-COTEAU
une mère pour ces maisons d'Amérique dont elle avait élé une des premières filles.
On profita de cette visite pour faire ensemble une retraite. À défaut de prêtre, M"° Duchesne dut accepter d’en être le prédicateur, faisant à la communauté des conférences générales et des directions intimes, qui produisirent chez toutes un bien inappréciable. Nous en trouvons le témoignage dans cette letire reconnaissante de M"° Murphy à la mère Barat : « Je viens donc d’avoir la consolation d’embrasser notre chère mère Duchesne. J'avais fait une neuvaine au sacré Cœur de Jésus pour obtenir son arrivée. Vous pouvez aisément comprendre mon bonheur! Comme le vieillard Siméon, j'aurais presque dit que je n'avais plus rien à désirer, et que j'étais contente de finir mon pèlerinage. J'avais besoin de parler, d'ouvrir mon cœur à quelqu'un en qui j'eusse confiance... La mère Duchesne, à qui j'ai découvert mes pensées, a apaisé mes craintes. Elle me comprend en français : jamais je ne me suis ouverte avec plus de facilité, et jamais non plus je n'ai éprouvé plus de paix qu’en recevant sa décision. Elle est une femme selon mon cœur tout à fait !. »
M"° Duchesne manifesta la pleine satisfaction que lui donnait le Grand-Coteau : « Cette maison m'a charmée, faisait-elle savoir à la mère générale. La chapelle est dévote , la sacristie bien montée en vases sacrés. Dieu bénit visiblement cet établissement, surtout par les progrès étonnants que les enfants ont faits dans la piété comme dans les études. » — Elle en donnait des preuves. Telle jeune fille, par exemple, qui, jusqu’à quinze ou
1 Grand-Coteau, 27 août 1822, traduit de l'anglais,
seize ans, n'avait jamais entendu parler de Dieu, qui jurait comme un démon, qui fumait comme un homme, qui ne se plaisait qu'avec les nègres, avait été baptisée, confessée, communiée , et maintenant elle faisait oraison tous les jours. Telle qui était entrée, ne sachant ni lire ni écrire, lisait et écrivait le français et l'anglais ‘. » Ces transformations morales et religieuses, un missionnaire les attestait dans les lignes suivantes : « Les dames du Sacré-Cœur font le plus grand bien aux Opelousas ; on leur envoie de petites pensionnaires à demi sauvages, et, au bout de quinze jours, elles les ont rendues comme des anges ?. »
On comptait alors dix-sept pensionnaires. « Dieu bénit visiblement tout ce que fait Eugénie, répétait M Duchesne dans une de ses lettres; il y a même du merveilleux ».— Et ailleurs encore, se plaisant à reconnaître la supériorité de cette vaillante femme : « M"° Eugénie est une de ces âmes victimes unies au sacré Cœur, qui attirent les grâces autour d'elles. Sa maison est mieux établie que la nôtre. Elle est généralement aimée et estimée , et elle le mérite par son dévouement et sa prudence *. » Enfin, dans une autre lettre à M"° Barat : « Je ne pense pas que vous ayez en Amérique une fille qui ait plus de solidité d'esprit, des manières plus engageantes, et de plus grands talents pour le gouvernement que M"° Eugénie. Joignez à cela le plus entier dévouement et un courage au-dessus de son sexe #, »
1 À Mwe de Brosses. Nouvelle-Orléans, 11 septembre 1822, ? Lettre de M. Odin, 2 août 1823. — Annales de la propagation de la Foi, t. 1, n° v, p. 76,77; mars 1895,
3 À Mme Bigeu, 20 mars 1823.
4 À Me Barat, 25 septembre 1825,