PAUVRETÉ ET ACCROISSEMENT DU NOVICIAT
Elle le rappelait si souvent, que je commençais à le craindre. Nous eussions fait une grande perte! »
La pauvreté eut bien les honneurs de la fête, car à quels expédients les novices et les professes ne durentelles pas recourir pour se procurer leur habit complet! Les restes d'une vieille soutane laissée à Fleurissant par le père Dunand, avaient fourni un manteau à la sœur Régis." La sœur Mary Anne Summer avait trouvé son fichu et son voile dans la robe de crépon d’une pensionnaire ; la sœur Xavier Hamilton, la seule habillée à neuf, ne s’en fût pas consolée, si on ne lui avait donné une vieille pélerine usée et misérable, « pour porter en quelque endroit les livrées de son Époux, pauvre volontaire. »
Certes rien d’humain n'entrait dans de telles vocations; et cet état de pauvreté leur donnait un caractère de désintéressement, ce rude apprentissage leur donnait des garanties de solidité, qui, pour cette cause, faisaient de cette vie de martyre le sujet des actions de grâces de M"° Duchesne : « Il y a cet avantage ici, que nos novices s’exercent à une vie dure et de privations. Je vous dirai que je plains un peu celles qui ont eu toutes leurs commodités. Ici il faut être à tout : l'une va tirer les vaches, non dans une étable, mais souvent dans un pied de boue, à la pluie, à la neige. L'autre s’enfume à la cuisine; l’autre chauffe le four. À chaque instant on traverse des cours, vraies fondrières de terre grasse qu’il n'y a pas moyen d'affermir. Les appartements et les habitudes se sentent de ces inconvénients. Point de sabots ni de galoches , cela est inconnu. » Mais l'amour supporte tout : Omnia suffert. Les nouvelles religieuses, novices
et aspirantes, le dispulèrent en courage avec les anciennes ; et ne voyant dans ces labeurs et ces privations que le calice de Celui qu’elles venaient d'épouser, elles écrivirent collectivement à M"° Barat, pour lui faire part, disaient-elles, « de l'excès de leur bonheur, » l'assurant , en même temps, de leur résolution « d'être des victimes dévouées au sacré Cœur de Jésus ».
La mère Barat leur envoya sa bénédiction : « Vous serez les premières pierres deslinées aux fondements de l'édifice du Sacré-Cœur dans ce pays immense. Le Seigneur vous bénira ; il multipliera votre nombre; et, comme en France, vous verrez plusieurs établissements se former par vos soins . » ,
On touchait à l’accomplissement de ces vœux; l’année suivante apporta à la communauté, et au noviciat en particulier, le plus désirable comme le plus inespéré des bienfaits du Ciel. Ce fut celui d’une direction qui, s'inspirant de l'esprit primitif de l’Institut, allait imprimer un mouvement uniforme, propre et régulier à la colonie d'1 Sacré - Cœur, provoquer, soutenir, organiser son zèle par un puissant exemple, et ainsi faire entrer son progrès spirituel et son apostolat dans une nouvelle phase. à
Dépuis son arrivée dans les missions étrangères, M Duchesne n’avait cessé d'appeler pour elle et ses filles un directeur de la Compagnie de Jésus. Si dès l'enfance elle avait suivi d’un regard d'envie et d’admiration les missionnaires de cette Société parmi les tribus sauvages, combien plus aujourd'hui désiraitelle leur présence, dans ce pays naguère fécondé par
1 Paris, 22 avril 1822,