LE NOVICIAT APPELLE UNE DIRECTION
leurs sueurs et arrosé de leur sang! Longtemps elle avait provoqué et espéré la venue du père Barat. Mais ce père se faisait vieux, et, désespérant d'obtenir l’autorisation de ses supérieurs, il répondait aux instances de M" Duchesne « qu’à moins d'être enlevé et porté par un cheveu, comme le prophète Habacuc, il n'avait plus l'espoir de traverser les mers». Lé père Varin disait de même dans une de ses lettres : « Vous avouerai-je qu'av@g une pauvre et chélive santé, je sens tous les jours un désir pressant de consacrer mes derniers efforts et mon dernier souffle au service et à la consolation de votre petite colonie? Il me semble que je serais au comble de mes vœux, si Notre-Seigneur, par l'organe de ceux qui le représentent, me disait : « Pars, et va au secours de ma nouvelle famille de la Louisiane !. » Mais c'était là purement le rêve d'une grande âme; et jamais il n’était venu à la pensée de personne d'y voir rien de plus.
Mr Duchesne fut exaucée, mais d'une autre manière. À cette époque, onze Flamands, pères ou frères de la Compagnie de Jésus, chassés de leur pays par la persécution du roi des Pays-Bas, Frédéric-Guillaume de Nassau, élaient venus chercher un refuge en Amérique, dans le collége de Georgetown, qui appartenait à cette Société. Dans ce même temps, M" Dubourg venait de quitter Saint-Louis, et, inquiet de la disette de prêtres que son départ laissait au Missouri, il s’en fut à Georgetown demander aux réfugiés de venir s'établir dans son diocèse. Ayant, dans ce même voyage, visité à Washington le président de la république, il en avait
1 Paris, 13 avril 1820, Recueil copié de Mme Duchesne , 26e lettre, p. 39,
obtenu la promesse de sa protection, et même celle d’un subside, pour l'établissement des missions indiennes sur le Missouri et le haut Mississipi. C'était principalement cette œuvre qu'il proposait aux rélugiés de Georgetown. Le recteur de la colonie élait le père Charles Van Quickenborn, homme d’une grandeur d’âme et d’une constance de foi qui le plaçaient au-dessus de tous les événements. Le père Temmermann, autre type du zèle apostolique et de la sainteté religieuse, avait la charge d'assistant. C’étaient les deux seuls prêtres et profès de celte petite troupe. Cinq novices de bonne famille, s’arrachant furtivement et précipitamment aux larmes de leurs parents, les avaient bravement suivis dans leur exil : l'un d’eux était Pierre de Smet, le futur apôtre de l’Orégon, du Kansas et des montagnes Rocheuses. « Sept jeunes gens, tous Flamands, remplis de talents et de l'esprit de saint François Xavier, avancés dans leurs études, âgés d'environ vingt-deux à vingt-sept ans, avec leurs deux excellents maîtres et quelques frères, voilà, écrivait M Dubourg, ce que la Providence accorde enfin à mes vœux! S'il m'avait été permis de choisir, je n'aurais rien pu désirer de meilleur. »
Ils acceptèrent donc les offres ou plutôt les espérances de M5 Dubourg, car il ne pouvait guère leur donner autre chose: « Ils viennent ici sur l’uniquefonds de la Providence, écrivait M° Duchesne, mais d'autant plus contents... L’acquisilion de ces pères est inappréciable pour un pays comme celui-ci, où la devise de la plus grande gloire de Dieu doit être leur seule richesse et leur seul soutien ‘, » — L'évèque disait de
4 À Me Barat, Fleuriseant, 20 mai 1823,