VENUE DES JÉSUITES AU MISSOURI
même : « Je voulais prudemment avoir des fonds avant de chercher des hommes. Mais voici que les hommes viennent avant les fonds. C'est la manière de Dieu de déconcerter les plans de notre pauvre prudence humaine : que sa sainte volonté soit faitel » Et dans un autre endroil : « Pouvais-je refuser cette sainte troupe d'apôtres sous l’indigne prétexte que je ne sais où prendre de quoi les nourrir? C'est Dieu qui les a appelés, c’est lui qui les envoie : il ne les laissera pas mourir de faim. Aussi, jamais je n'ai ressenti de confiance plus entière et plus paisible que dans cette entreprise si au-dessus de mes forces. L’unique sentiment que j'éprouve est celui d'un entier abandon, mêlé à une joie inexprimable, avec un certain aloi de confusion et de crainte, à la vue des grandes miséricordes de Dieu !, »
M#Dubourg savait, du reste, comme il le dit, que «ses jeunes missionnaires n'étaient pas hommes à reculer devant les difficultés. Ayant demandé au maître des novices de Georgetown comment ils feraient le voyage, s'excusant de n'avoir point d'argent à lui donner : « Ah! ne vous en inquiélez pas, répondit le saint religieux, nous irons à pied, et nous demanderons l’aumône. Il n’y a pour cela qu’un vœu parmi ma troupe. » Ils avaient donc fait ainsi plus de quatre cents milles, dont environ deux cents à travers des pays submergés, inondés, ayant souvent de l’eau jusqu’à la ceinlure, C’est de la sorte que, le 3 juin 1823, ils arrivèrent: au poste qui leur élait assigné.
A M. Louis Dubourg, son frère, Georgetown, 17 mars 1823, Annales de la propagation de la Foi, t, I, no v, p. 88, 39 et 41.
Cette résidence était cette même ferme de l’évêque, voisine de Fleurissant, où nous avons vu naguère camper le Sacré-Cœur. Fleurissant allait donc devenir le quartier général des saintes expéditions de cette petite troupe. Mais celle-ci manquait de tout. Une fois en possession de la maison, ou plutôt de la cabane en bois que nous connaissons déjà, il fallait subsister, et pour cela travailler, défricher, cultiver, sans autre aide que trois nègres, dont la charge dépassait de beaucoup le profit. C'était une vie de fer; et, dans ce dénûment absolu d'argent, de vêtements, de vivres, les missionnaires , ainsi qu'ils l'ont souvent redit, eussent abandonné le poste ou péri d’inanition, si la Providence ne fût venue à leur aide, sous les traits charitables de Mrc Duchesne.
Celle-ci comprit qu’une mission lui était envoyée. Elle avait déjà fait de l’hospitalité envers les missionnaires le premier de ses devoirs. Elle multiplia ses ressources pour ces nouveaux venus. Non contente de se faire quèteuse auprès des riches familles de Saint-Louis, elle se dépouilla elle-même de tout ce qu'elle avait, meubles, ustensiles, linge, couvertures et denrées les plus indispensables. A chaque nouveau besoin qui lui était rcvélé, elle réunissait ses sœurs, disait ce qu'elle avail plutôt deviné qu’appris, car on ne lui demandait rien, puis elle laissait ses larmes plaider pour elle la cause de ses protégés. « Il faut voir, écrivait M" Lucile Mathevon, il faut voir les pleurs que répand alors notre mère Duchesne; vous en auriez le cœur fendu, si vous étiez icil » La décision du petit conseil élait invariablement qu'il fallait s'imposer de nouveaux sacrifices. Le trousscau que la mère Lucile avait apporté de France, le