‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 174 sur 270 · SES SECOURS AUX PÈRES JÉSUITES · texte numérisé non relu

SES SECOURS AUX PÈRES JÉSUITES

seul de la communauté qui fût à peu près neuf, y passa sous diverses formes. « Jeserais plus heureuse, écrivait cette mère, d’êlre décrotteuse des bottes de ces bons missionnaires, que d’être reine de France !! » Une partie des nuits était consacrée à la confection ou réparation d’habits à leur usage. « Quel plaisir j'ai ressenti, écrivait M" Duchesne , en travaillant à faire les vêtements des Pères, en tout semblables à ceux que je voyais porter en France par nos saints protecteurs. Car les Jésuites prennent ici le costume conforme ?. » Une fois cette digne mère, ayant reçu pour elle une aumône de cinquante piastres, n'eut rien de plus pressé que de les envoyer à ses pauvres voisins : « Il est juste, écrivait-elle à M"° Barat, que nous soyons un peu providence pour les autres, comme Dieu l’est pour nous! » Or il faut savoir que celle qui tendait aux autres une main si généreuse était alors elle-même au fond du gouffre. Le nombre des élèves payantes élait tombé à onze. En 1824, un effroyable ouragan avait endommagé gravement l'habitation, le fleuve débordé avait fait de Fleurissant une île inaccessible, le coton avait péri, le maïs avait gelé! Les religieuses durent se mettre à fabriquer tout elles-mêmes, leur chandelle, leur savon, leur fil, leurs chaussures. Tant de charité au sein d’une si grande détresse faisait l'admiration de M"° Barat, qui leur écrivait : « Ah! dans quelle misère se trouvent vos bons Pères! vous venez à leur secours, et vous êtes vous-mêmes si pauvres ! »

__ Mais ce n’était pas l'habitude de M" Duchesne de s'occuper d'elle-même : « La croix ne nous quitte pas,

! Fleurissant, 13 novembre 1823.

? Fleurissant, 18 juillet 1823.

écrivait celle mère, nous voilà entièrement aux soins de la Providence. Il est si doux de s’y reposer ! Enfin, nous n'avons point manqué jusqu'ici du strict nécessaire. Nous avons encore pu quelquefois venir en aide à nos Pères qui sont plus pauvres que nous. Ils souffrent, et je voudrais bien que tant de magnificences que l’on prodigue en France, passassent à leur profit !. » De même deux mois après : « Ce serait peu de notre gêne, si elle ne nous Ôôtait pas le moyen de contribuer à l'œuvre la plus importante de cette contrée pour le bien de la religion : celle du noviciat de nos Pères, qui est une pépinière de saints et d'apôtres. Il me serait bien doux, en vous parlant de cette famille, de vous détailler déjà des choses consolantes. Mais leur partage est la Croix, et nous sommes heureuses de marcher sous le même étendard ?. »

Eux et elles y marchaient d’un même pas joyeux: « Ces Pères ne se plaignent de rien, écrit Me’ Duboursg; ils sont contents de tout. Logés les uns sur les autres dans une petite maison, couchés sur des peaux, faute de matelas, vivant de maïs et de lard, ils sont plus heureux que le riche sur le duvet et dans les délices. IT est cependant de mon devoir de chercher à leur procurer le nécessaire de la vie pour eux-mêmes, avec les moyens d'exercer leur zèle *. »

L'association naissante de la Propagalion de la loi vint momentanément en aide à M Dubourg. Une col lecte faite en France par la mère Barat produisit aussi quelques milliers de francs, qui furent adressés à

: Fleurissant, 25 seplembre 1825.

2 F'leurissant, 27 novembre 1823.

3 Annales, |. 1, n° v, p. #3.

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