‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 175 sur 270 · PAUVRETÉ ET CHARITÉ · texte numérisé non relu

PAUVRETÉ ET CHARITÉ

M Duchesne. Sa fidèle et pieuse cousine M" de Rollin y avait contribué pour une large part. La mère générale écrivait à ses filles : « Vous souffrez, c'est le sort des épouses du Sacré-Cœur. Demandez à Dieu que je sois votre sœur dans le partage de ce trésor; car que pouvons-nous posséder de plus précieux ‘? » Et dans une autre lettre : « Mes bonnes filles, nous aussi nous sommes pauvres Comme vous; mais vous souffrez plus que nous des rigueurs de la pauvreté, tandis que nous sommes plus coupables que vous, et que ce serait à nous de porter la peine de nos fautes ?, »

Une sorte d'alliance défensive et offensive pour le service de Dieu, exista dès lors entre les Pères de Fleurissant el les religieuses du Sacré-Cœur. En retour de l'assistance que celles-ci leur procuraient, les missionnaires acceptèrent de diriger leurs âmes et de leur prêter les secours de leur ministère.

Le directeur des religieuses, le P. Van Quickenborn, était un homme rude; M Duchesne disait qu'il lui rappelait le P. Barat. Calme comme un Flamand, imperturbable au sein des difficultés, il faisait une grande impression de sainteté à l'âme forte mais impétueuse de la supérieure. Elle « sentait revivre en lui l'esprit de saint Ignace, » disait-elle, le comparant tantôt au P. Alvarez, tantôt au P. Rodriguez, et l’estimant trèshaut dans la perfection, comme le témoignent ces lignes : « Lorsque je vois sa tranquillité au milieu de tant d'objets qui l’occupent et qui le partagent, je ne puis m'empêcher de penser qu’il habite les hautes résions de la paix et de l'union avec Dieu. »

1 Paris, 22 novembre 1823, ? Paris, 30 août et 27 décembre 1823,

Ses directions étaient brèves, ce qui d’ailleurs était du goût de M"° Duchesne : « Monscigneur, écrivait-elle dès son arrivée auprès de l’évêque à Saint-Louis, Monseigneur a pu craindre un moment que nous fissions perdre du temps à ses prêtres; mais il n'en est rien, et en dernier lieu il a été le premier à parler de confession. »

Si sommaire qu’elle fût, l’action du Père Recteur sur le noviciat de Fleurissant ne pouvait pas tarder à se faire sentir. Voici en quels termes M Octavie Berthold en rend compte dans une lettre à M"° Barat : « Quelles bénédictions le Seigneur n'’a-t-il pas répandues par le moyen des Pères sur notre petite communauté! Je regarde cette direction comme un trait particulier de la miséricorde du Seigneur sur ses épouses, Vous ne sauriez croire, ma bonne mère, la ferveur et la régularité qui règnent parmi nos sœurs, leur humilité, leur dévouement , leur pauvreté. Aspirantes et novices rivalisent d’ardeur !, »

La maîtresse des novices qui parlait ainsi n'était pas la dernière à ressentir le bienfait de cette conduite spirituelle. A dire vrai, le Père Recteur ne la ménageait pas. M"° Berthold était une personne agréable , dont la rare beauté avait fait plus d’une fois trembler M"° Duchesne. Mais, prédeslinée par vocation et par choix à l’immolation, elle commençait à entrer dans ce rôle sacré par un état de langueur et d’ulcération qui la défigurait. C’est par là que le Père Recteur lui faisait sentir l’aiguillon d'or de la mortification. « Il lui reste une cicatrice à côté de la bouche, écrivait M° Du-

1 Fleurissant, 26 octobre 1824.

DIRECTION DU PÈRE RECTEUR 348 chesne à la mère générale. C’est ce qui sert au Père à lui faire pratiquer des actes d'humililé, Il se la fait montrer, puis il dit : « Oh! que c’est laid! » Le Père a beaucoup travaillé sur cette âme et avec succès. Il la conduit par le renoncement, le détachement et l'humilité. Nous sommes toutes bien heureuses sous cette direction. J'aime mieux la pauvreté à l'ombre de cette influence que l’aisance sous une autre !, » Et dans une lettre précédente : « Les novices ne peuvent que profiler beaucoup sous cette direction. Nulle part dans le diocèse elles ne trouveraient la pareille ?, »

M'° Duchesne, elle non plus, n’était pas conduite par un chemin de roses : « J'ai trouvé un Père Maître qui ne me laisse pas faire ce que je veux, écrivait-elle. Encore n'est-il pas content de mon obéissance , » Ces heures de mécontentement coûtaient cher à M"° Duchesne. Par exemple, celle-ci, émue de compassion en voyant les jeunes novices du P, Van Quickenborn « travailler comme des nègres » , leur faisait-elle passer un repas mieux préparé, le Père le lui renvoyait, faisant dire sèchement « qu’il n'avait que faire des aumônes de Me Duchesne ». Par cette rigueur, qui n’est applicable qu'aux parfaits, il voulait lui enlever jusqu'au contentement de ses meilleurs actes, pour lui en laisser le mérite tout entier. D'autres fois, il lui refusait obstinément l’absolution. Certaine épreuve de ce genre se prolongea tellement, qu'incapable de se passer davantage de l'union avec l'Époux céleste, M"° Duchesne fit le voyage de Fleurissant à Sainte-Geneviève, pour trouver

1 Fleurissant, 22 novembre 1821.

2 Ibid., 19 février 1824.

3% Jbid., 25 septembre 1823.

un confesseur qui voulût l'absoudre. On rapporte encore qu’à la suite d’une discussion au sujet d’un déplacement à faire dans la chapelle, l’un et l’autre s’obstinant dans leur sentiment, le Père Recteur signifia à sa fille spirituelle qu'elle ne communierait pas et ne renouvellerait pas ses vœux le lendemain, Ce lendemain élait la fête du sacré Cœur de Jésus! Le matin de ce grand jour on fut fort étonné de ne pas voir à la chapelle la mère supérieure, qui, pour éviter le scandale, avait laissé croire à une indisposition, en restant au lit. Mais elle ne put y tenir, et sitôt qu’elle pensa que toutes ses sœurs étaient entrées à la chapelle ,. sûre de n'être pas surprise , elle se leva, et alla se prosterner derrière la porte, où elle fut trouvée sanglotant et arrosant le pavé de ses larmes.

N'était-ce pas un excès que celte rigueur du Père? L'esprit de mansuétude, l'onction de l'Évangile avaitelle suffisamment détrempé larigidité froide de l'homme du Nord? Il est permis d’en douter. Toujours est-il que, loin de se plaindre de ces âpretés, M"° Duchesne, ne considérant que l'élévation surhumaine de cette direction, y trouvait au contraire l’allégement de ses maux : « Vraiment, écrivait-elle, parlant de sa misère, j'aurais mauvaise grâce de faire l’affligée, me voyant favorisée et soutenue par tant d'amis de Dieu. Le voisinage des saints et leur direction ont un lel attrait que, pour cette raison, je goûle davantage notre pauvre campagne qu'un riche établissement dans une ville '. » Et quelque temps après : « Jene conçois pas M"° Eugénie de vous avoir conseillé d'abandonner cette maison : je

1 Fleurissant, 19 février 1824.

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