‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 176 sur 270 · FRUITS DE LA DIRECTION DES JÉSUITES · texte numérisé non relu

FRUITS DE LA DIRECTION DES JÉSUITES

la trouve, quoique plus pauvre, plus heureuse que la sienne. L'esprit principal pourra s'y conserver longtemps à l'ombre de cette bonne direction‘, » Enfin dans une autre lettre : « Sans doute on doit avoir du mécompte dans ce pays, si on vient y chercher la fortune, l'honneur, le plaisir. Mais quand on n’a voulu que le bon plaisir de Dieu, on demeure en paix, même parmi les mauvais succès, Dieu n'exige pas de nous que nous soyons heureux ?! »

Ainsi se passèrent les années 1824 et 1825. A celle dernière date le nombre des pensionnaires élait tombé à quatre! Mais là n'était plus le champ principal de l'apostolat des religieuses de Fleurissant. Un autre ministère s'était offert à leur zèle. Non contentes de profiler de la direction des Pères, elles avaient pris leur part de leurs rudes travaux; et les fruits qu’elles en recueillaient comme ceux qu’elles en espéraient étaient le second lien qui les attachait à ce poste misérable, en leur tenant lieu de bonheur.

À commencer par Fleurissant, le Père Recteur, qui en était en même temps le curé, n'eut pas de repos qu'il ne l’eût tout conquis à Jésus - Christ. Et au: prix de quelles fatigues! Parfois la pluie enflant les ruisseaux qui séparaient la ferme et la paroisse, le Père devait traverser, pour se rendre à l’église, des torrents où il poussait son cheval à la nage, ou qu'il se hasardait à franchir sur un tronc jeté à travers le courant : « Ils sont dans les épreuves, mais non dans le découragement, écrivait M" Duchesne : l’ancien

1 Fleurissant, 22 novembre 1824, 2 Jbid., 28 février 1825,

esprit de zèle, de courage, comme de pauvreté, revit en eux tout entier !. »

Voici de quelle puissante sorte elle seconda ce zèle. Plus le pensionnat lombait, plus elle reconstruisait, dans ses désirs, le dessein de se dévouer uniquement aux pauvres. « Je prévois, disait-elle, je prévois qu'ici, comme au temps de Jésus-Christ, les pauvres seront choisis de préférence pour travailler à son œuvre. » Et dans le même temps : « Si, d'après nos règles, les pauvres doivent être préférés aux riches, ici nous n'avons rien à envier à personne; et les catholiques étant partout les plus pauvres, nous n’en manquerons pas. » Sur ces entrefaites, arriva à Fleurissant M. l'abbé Nérinckx, prêtre flamand d’une grande sainteté, et fondateur d’une pieuse congrégation de religieuses, vouées exclusivement à l’éducalion des pauvres. Son exemple, son entretien, puis sa mort édifiante imprimèrent encore une nouvelle impulsion au dévouement pareil de M"° Duchesne : « M. Nérinckx, écrivait-elle le 1° septembre 1824, allait se fixer au Missouri, pour de là passer avec ses religieuses vers les sauvages, quand la mort l’a prévenu, au moment où il venait de faire visile à nos Pères de Fleurissant. Il semble que ce saint homme ne soit apparu ici qu’afin de souffler, jusqu’à son dernier soupir, son amour pour la classe indigente. Il disait que, vu l'indifférence des riches, l'instruction des pauvres était le seul moyen de fixer la religion dans ce pays. »

En conséquence, le Sacré-Cœur de Fleurissant eut désormais deux écoles de pauvres. M" Octavie Ber-

1 Fleurissant, 10 juin 1824.

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