LES ÉCOLES DE PAUVRES
thold prit pour elle les petites filles, avec une classe d'adultes pour les femmes mariées. M"° Luëile Mathevon fit l’école aux garçons. Ceux-ci, rentrés chez eux, se faisaient à leur tour les catéchistes de leurs familles. Plusieurs mères disaient : « Depuis que mes enfants vont à l'école, ils m'ont fait connaître que telle chose est mal, et je ne la fais plus !. » L’élan devint général. Des retraites prèchées par les Pères amenèrent au pied de la chaire, puis à la Table sainte, la bourgade presque entière. Cent soixante hommes firent leurs Pâques. Le jour de la Fête-Dieu, la procession, suivie par toute la paroisse, parcourut religieusement les rues et la campagne, où le saint Sacrement reposa dans le champ d'avoine du Sacré-Cœur : « Ces pères seraient capables de convertir un royaume, » s’écriait M" Duchesne *.
Autour de Fleurissant, dans un rayon d'au moins trente à quarante lieues, Saint-Charles, le Portage, la Darenne , et divers autres postes sur le Missouri, formaient comme autant de forts, d’où les Pères faisaient des sorties apostoliques sur les terres d'alentour. Là encore M"° Duchesne se multipliait pour leur être secourable, Les voyait-elle partir pour leurs congrégations, elle leur abandonnait aussitôt, sans compter, les ornements de sa chapelle, les linges, les vases sacrés, l'argent, les ustensiles, le cheval de la maison; et tout cela avec une spontanéilé, une simplicité qui en doublaient le prix : « Je prends, écrivait-elle, autant de soucis pour l'établissement des Pères que pour le nôtre, et plus encore, mais inutilement : je ne suis que la
1 Lettre de Mme Mathevon, 25 avril 1825, 2 V, le Journal de Mme Duchesne.
mouche du coche ‘. » Et dans la même lettre, s'indignant de la concurrence que l'argent des protestants faisait à nos missions : « Qu'il est triste, écrivait-elle, de ne pouvoir avancer que si peu pour le bien, quand l’œuvre opposée se dilate avec succès ! » Elle implorait alors le secours de la France, puis elle poussait ce cri sublime : « Si ma chair pouvait devenir monnaie, je la livrerais volontiers pour soutenir nos missions! »
Un autre eut l'honneur de laisser le premier sa vie sur le champ de bataille. Le P. Joseph Temmermann, assistant du recteur , mourut subitement le 2 juin 1824. M'° Duchesne envia son sort : « Il a succombé, écrivaitelle , à la suite de fatigues éprouvées dans les missions, à travers des pays inondés ou arides, où il devait loger dans de mauvaises cabanes, n'ayant que de l’eau pour breuvage, du salé pour nourriture, et la terre plate pour lit. C’est le premier Jésuite mort dans cette contrée; les anciens Pères s'étaient tenus chez les Illinois. Le P. Temmermann a élé enterré dans notre église près de l’autel. Le pauvre Père Recteur reste donc, en ce moment, le seul prêtre dans cet État, où il a à faire plus qu'il ne peut... Quoique très-faible de santé, il a quatre paroisses et d’autres missions éloignées, coupées par des rivières. Le dimanche, il dit deux messes, prêche trois foisle matin, préside le catéchisme et confesse dans les intervalles de tous les exercices. »
Enfin, derrière ces églises et ces congrégations, s'étendaient illimités les territoires indiens, où erraient et campaient les tribus qui, dépossédées et refoulées chaque jour plus loin, avaient d'autant plus droit à
1 Fleurissant, 10 juin 1824,