SON ZËLE POUR LES MISSIONS INDIENNES
trouver dans la religion une seconde patrie. M"° Duchesne n’en détachait pas un seul instant ses yeux; et tout ce qui venait de là était assuré de prendre dans ses souvenirs, son journal, ses lettres, une place d’honneur. Un jour, c'est une famille d'Iroquois ou d’Algonquins qui descend à Fleurissant, pour y faire baptiser ses enfants nouveau-nés. Une autre fois c’est un père qui apporte au prêtre les corps morts de ses enfants enfermés dans des peaux de buffles, pour qu'ils reçoivent la sépulture dans une terre chrétienne‘. Ailleurs, M Duchesne elle-même sert de marraine à une petite Iroquoise, qu'elle appelle Marie : ce sont comme les prémices de l’apostolat qui se prépare parmi les infidèles : « Il paraît, écrit-elle, que nos terres se préparent à voir se renouveler les travaux apostoliques de tant de missionnaires. La nation des Sacs a dit:. « Jusqu'ici nous n'avions point d'oreilles pour vos paroles. Mais à présent nous en prenons une et voulons vivre comme les blancs. » Ces espérances enflamment M" Duchesne; on lit dans une de ses lettres : « Faites dire, je vous en prie, à mon neveu Henri, que les moissons jaunissent, et qu'il serait temps qu'il vint récolter dans le champ que son patron saint Régis a tant désiré défricher. Nous l’invoquons beaucoup pour cette conversion des Indiens, et ajoutons une quarantaine pour obtenir promptement des ouvriers. Mais combien faut-il qu'ils soient morts à tout! car rien, dans ce ministère, ne contente la nature. La foi seule et l'amour de Jésus souffrant trouvent ici leur solide entretien ?, »
1 Journal, 25 mai 1824, à Le 10 juin 1824,
L'évèque avait écrit : « En attendant que nos novices jésuites soient ordonnés, et que ces apôtres se dispersent, on recevra à Fleurissant une demi-douzaine d’enfants Indiens de diverses tribus, pour familiariser nos jeunes missionnaires à leurs mœurs et à leur langage, et les préparer eux-mêmes à servir de guides, d'interprètes et d'instruments aux missionnaires que nous enverrons aux tribus dispersées !, » Ce projet ayant été bientôt exécuté, M"° Duchesne se fit la mère de ces jeunes Indiens. Ce fut elle qui se chargea de les entretenir : elle blanchissait leur linge, elle les raccommodait, elle les nettoyait; et pour qui connaît l’infecte malpropreté des sauvages, il y a là un héroïsme de charité dont Dieu seul peut estimer le prix.
Ce n’était qu’un prélude : M"° Duchesne demanda à . la mère générale qu’il lui fût permis d'ouvrir, elle aussi, une école de sauvagesses, dans le même dessein : « La nourriture coûte peu, lui expliquait -elle, le logement nous l’avons, et nous quèterons pour les vêtements. Il ne faut rien négliger pour cette œuvre intéressante, objet de tant de vœux et qui nous a conduites ici... Quant à être peliles, il vaut mieux l'être tout à fait pour nos sauvages *. » Et cinq semaines après : « Quelquefois je pense que Dieu ruine nos premiers desseins et notre premier ouvrage dans le pensionnat, pour édifier peu à peu l’œuvre plus intéressante de l'instruction des sauvages. Il faut bien la mériter par l’humiliation et les autres peines?. » |
Une première satisfaction fut donnée à ces vœux, au
1 Annales, t. 1, n° v, 2 Fleurissant, juin 1824, 8 Le 25 juillet 1821,