‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 179 sur 270 · SON ÉCOLE D’INDIENNES · texte numérisé non relu

SON ÉCOLE D’INDIENNES

commencement d'avril 1825. « Un soir, pendant l'oflice, raconte M" Mathevon, le Père Recteur arrivant chez nous fit demander la supérieure. Quelle ne fut pas la surprise de M"° Duchesne, en voyant apparaître deux petites sauvagesses qui, toutes confuses, se cachaient sous le manteau du Pèrel Celui-ci les avait fait amener en charrette. Il nous les laissa. Nous avons donc maintenant une classe d’Indiennes. Voilà, ma mère, l'œuvre que nous avons tant désirée. Chacune de nous ambitionne d'y être employée !. »

M"° Duchesne triomphait; elle s’écrie dans une lettre : « Voici le pénsionnat des petiles Indiennes qui commence enfin ! Nous y avons destiné une Irlandaise (M°° Mary O'Connor), qui vient de faire ses premiers vœux. Cette œuvre la tient séparée de nous une partie du jour et toute la nuit. Les sauvagesses l’appellent man m, lui sautent tout autour, partout où elle les conduit, aux vaches, aux poules, au jardin, ces enfants ne pouvant supporter la vie sédentaire ?. » Souvent même il arrivait à la maîtresse de trouver toute sa classe sur les arbres, où grimpaient et sautaient, comme des écureuils, les jeunes écolières, moins éprises de la science que de la liberté. Mais rien ne décourageait l'espoir de M°° Duchesne, qui demandait déjà à la mère générale qu'on appliquât désormais à l'éducation des enfants des sauvages le dixième des revenus des maisons de l'Amérique, quand les maisons de l'Amérique auraient des revenus.

Ainsi l'œuvre des Indiens et une école de pauvres, avec quelques novices aux prises avec la misère, voilà

1 Fleurissant, 25 avril 1825,

? Fleurissant, 23 avril 1825,

où en étaient les conquêtes du Sacré-Cœur, dans le Missouri, après huit ans de séjour et de souffrances inouïes ! Mais rien de tout cela ne devait être perdu pour l'avenir, Particulièrement le concours charitable prêté aux missionnaires n'allait pas tarder à porter de grands fruits. Attendez quelques années, et ce que M“ Dubourg appelait une pépinière va devenir une forêt. Ces novices de la ferme recueillis par M"° Duchesne, bientôt prêtres et apôtres, vont se partager le pays pour le conquérir. Le P. de Smet, ordonné à Noël 1825, va renouveler parmi les derniers Peaux-Rouges des montagnes Rocheuses les prodiges d'héroïsme qui en ont fait un émule de François Xavier. Le P. Vereaghen, fait prêtre en même temps que lui, va semer l'Évangile dans les savanes de l'Ouest, en attendant que, sous le titre de provincial et de vicaire général de Saint-Louis, il organise en grand cette Église et les missions de tout le Missouri. Le P. Van de Velde, après avoir dirigé longtemps le collége de Saint-Louis, deviendra tour à tour évêque de Chicago et évêque de Natchez, aussi zélé que les apôtres et plus pauvre qu'aucun d’eux. Le P. Jean-Antoine Elet, par sa noblesse, sa bonté, sa supériorité de nature et de grâce, laissera d’abord dans les colléges de Saint-Louis et de Cincinnali, puis à Louisville, et enfin dans toutes les missionsde l'Ouest où il s'employa quarante ans, une trace impérissable de lumière et de sainteté qui éclairera pour des siècles le chemin du salut. Le P. de Theux, arrivé en 1825, va devenir curé de Saint-Louis, et rayonner de là dans toute la Louisiane. D'autres arrivent à leur suite. L'établissement de Fleurissant, certain désormais de se perpétuer, va doter le Missouri de colléges, de prédi-

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