CHAPITRE VIII
FONDATION A SAINT-MICHEL; MM AUDÉ SUPÉRIEURE RÈGNE DU CŒUR DE JÉSUS APPROBATION DE L'INSTITUT PAR LÉON XII
La campagne que nous venons de suivre, tout en avancant les affaires générales de la mission d'Amérique, n'avait donné au Sacré-Cœur aucune fondation nouvelie. Il n’en fut pas de même des années 1826 et 1827. Deux établissements, l’un à proximité de la Nouvelle-Orléans, l’autre à Saint-Louis même, le mirent en possession des deux points extrêmes de l’ancienne Louisiane. L'histoire de ces deux fondations fera le sujet de ce chapitre et du chapitre suivant.
Déjà précédemment, au lendemain de sa visite aux Opelousas, et durant son séjour à la Nouvelle-Orléans, Me Duchesne, oubliant le mal qui la consumait, avait senti se réveiller son désir de posséder une maison religieuse dans cette ville maritime : « J'aurais voulu là un hospice du Sacré-Cœur! » écrivait-elle au souvenir de sa terrible fièvre jaune.
Elle s’en était entretenue avec un prêtre de la ville,
M. l'abbé Portier, plus tard évèque de Mobile. « J'ai joui quelques instants de la conversation de M"° Duchesne, écrivait M. Portier, et j'ai vu avec une joie extrème qu'elle n'était pas éloignée de fonder une maison à la Nouvelle-Orléans !. » Elle-mêème en écrivit, quelques iours après, dans ces termes magnanimes à Me Barat : « Ne soyez pas surprise, ma digne mère, si j'insiste pour cet établissement. S'il est menacé d'avoir la fièvre jaune, il me semble, après tout, qu’on peut bien la braver pour sauver des âmes. Tandis que le directeur de la Comédie va en France chercher des acteurs pour perdre la jeunesse, ne voudrions-nous rien souffrir pour son salut? ? » Il semblait justement à M"° Duchesne qu’à chacune de ses souffrances devait correspondre une grâce de diffusion pour sa Société ; et la plus précieuse qu’elle demandait à Dieu était l'établissement d'un autel à son divin Cœur sur le rivage même où elle avait commencé de tant souffrir pour lui.
Ainsi parlaient le zèle et la reconnaissance. La sagesse, la discrétion et l'esprit de circonspection y firent longtemps encore une réponse différente, que nous retrouvons en substance dans plusieurs des lettres de M"° Barat: « Ma bonne fille, de grâce, ne vous affaiblissez pas. Sivous aviez les sujels nécessaires, à la bonne heure. Mais d'ici à quelques années, ne complez pas sur nous. Je suis moimême décidée à refuser la fondation de la Nouvelle- Orléans... Je crois que trois ou quatre ans ne seront pas trop pour atteindre ce but. Tâchez, chère Philippine, de faire comprendre cela à votre saint et digne évêque *. »
1 Nouvelle-Orléans, 16 septembre 1822, Recueil in-fe, lettre xzve, p. 66. 2 Fleurissant, 4er décembre 1822, 3 Paris, 27 septembre,