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LES SIX MAISONS DE LA LOUISIANE

avait ses stalions échelonnées de distance en distance dans toute la vallée du Mississipi. La supérieure générale, qui dirigeait celte conquête de loin et de haut, déclara que l'occupation de cette partie de l'Amérique lui paraissait suffisante. Avec cette clairvoyance que donne le génie de la sainteté, elle vit en même temps de quel autre côté devrait se porter ensuite l'effort du Sacré-Cœur. Ces lignes sont remarquables : « Nos amis pensent que la Louisiane a assez de maisons... Je désire que l’on s’en tienne, pendant quelques années, à ces six établissements. Bientôt il sera temps de penser aux États de l'Est, mais je ne le ferai que lorsque nos maisons seront assez fournies pour transporter nos sœurs dans quélque grande ville qui nous recevra. On croit que ce sera New-York !. » Les événements devaient justifier littéralement ces vues et ce plan de la mère générale.

Cette première œuvre accomplie en appelait une autre. À l'exemple de Dieu, une fondatrice doit être, non-seulement créateur pour produire et instituer, mais aussi Providence pour diriger et maintenir. Ces maisons étant fondées, restait maintenant à les mettre ‘dans l'unité d'esprit et de gouvernement. C’est dans ce but que M"° Barat manda aux supérieures de la Louisiane d’avoir à se réunir en une assemblée ou sorte de conseil provincial, sous la présidence de M"° Duchesne.

Cette mission n'était pas sans difficultés. M"° Duchesne y ressentait une répugnance invincible que tout justifiait, ainsi que nous le verrons. A ce rôle de modéra-

1 A Mme Duchegne, 18 août 1827, À Mme Audé, 26 juin 1829.

trice qui lui était confié elle opposait d’abord l’objection de la rudesse de son caractère : « Mon malheur, écrivitelle à la mère Barat, est de n'avoir pas eu toujours devant les yeux ces pages que vous me donnâtes autrefois à Grenoble sur l'extérieur de Jésus-Christ. O mon Dieu! quelle opposition je suis avec mon chef et mon modèle; et aussi avec ma tendre mère, qui n’a jamais brisé le roseau à demi cassé !. » En conséquence, elle s'excusa de présider une réunion à laquelle d’ailleurs elle n’apporterait ni lumière ni force : « Veuillez, je vous en prie, agréer tout ce que nos mères de la Louisiane règleront entre elles. Pour moi, je ne suis plus qu’un bâton usé, et bon à jeter au premier jour ?. » — Et quelque temps après : « Tout va mal entre mes mains. Je me vois comme un vieux lion qui n’a plus aucun moyen d’agir,. et que tout accable et pique. »

Mais déjà M"° Barat avait donné ses ordres aux autres supérieures, pour assurer sur elles la prédominance de la mère Duchesne : « C'est son droit, écrivit-elle à M"° Eugénie Audé ; c’est son droit comme la plus ancienne, et celle à qui Dieu a d'abord confié cette mission. Elle a d’ailleurs pour elle l'expérience et la vertu ‘. »

La mère Duchesne courba docilement la tête. Mais une chose à laquelle elle refusa de consentir, fut que les supérieures de la basse Louisiane se rendissent auprès d'elle, quand elle-même pouvait descendre auprès de ses chères filles. Elle avait déjà écrit à la mère géné-

1 Saict-Louis, 4 avril 4829.

° ati suis, 18 mai 1829.

? Si ouis, 23 août 1829.

… Louis, 17 juillet 1829,

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