SA VISITE AUX MAISONS DU SUD
rale : « M"° Xaxier et M"° Eugénie ont bien eu l’idée de monter ; mais il vaut mieux ménager les grandes maisons que la nôtre, qui est si abjecte, et exposer une vieille que deux personnes dans la vigueur de l’âge et en élat de servir longtemps la Société !. »
Ainsi, sans tenir compte des lugubres souvenirs que lui avait laissés son dernier et cruel voyage en Louisiane, M"° Duchesne partit de Saint-Louis, le 7 novembre 1829, dans la compagnie d'une de ses religieuses. Étant descendue jusqu'à la Nouvelle-Orléans, elle se rendit de là à Saint-Michel. La pensée qu’elle faisait l’œuvre du Sacré-Cœur soutenait seule sa constance, car elle était triste : cette mission délicate lui était une croix, et elle ne le cachait pas à M"° Barat. Le mois de décembre ramenant l'anniversaire du jour où jadis cette mère était arrivée à Sainte-Marie-d’en- Haut, M Duchesne lui écrivit : « Depuis ce jour el celui de mon admission dans la Société, mon bonheur a élé croissant avec les progrès qu'elle a faits. Et qu'y voulions-nous , sinon la gloire de Jésus? Elle a eu sans doute à traverser ses épreuves, mais son Cœur l'en a tirée. Telles étaient les conditions de notre alliance. En lisant le chapitre : De la voie royale de la croix, j'en ai tiré pour moi cette aspiration : Portavi et portabo ?. »
Une réponse admirable, toute d'âme et de feu, encouragea cette âme à l'amour de son martyre. Du lit où l’attachaient les suites d’une chute grave, M"° Barat lui écrivit : « Je vois, ma chère fille, que vous avez vos croix. Ah! si je vous donnais un petit aperçu
1 Saint-Louis, 22 mars 1829, 2 « J'ai porté une croix, et je la porterai, » Saint-Michel, 41 déc. 1829. — em, 12 février 1830.
de celles que Dieu départ à la Sociélé! mais ik faut qu'elle s’affermisse et s'étende par la croix et avec la croix. Prenons donc courage, et embrassons-la jusqu’à notre dernier soupir. » Alors se reportant, elle aussi, aux chers commencements de Grenoble : « Quels souvenirs vous me rappelez! Quels doux moments passés sur celte montagne calme et solitaire ! Ah! que les temps sont changés! Pour moi je vis au milieu d’un chaos d’affaires et de grandeurs que j'évite tant que je puis. Souvent, pour me délasser, j'envie vos vastes forêts et les bords du Mississipi. Est-ce que je ne les verrai jamais !? »
La visite de M'"° Duchesne commença donc par Saint-Michel, où se réunirent les autres supérieures. Cette maison, qu'elle voyait pour la première fois, devait à M"° Audé une prospérité qui avait promptement porté à soixante-deux le nombre des pensionnaires. « Nos enfants, disait cette mère, sont d’une grande docilité et montrent du goût pour la piété. Toutes celles qui sont sorties, une seule exceptée, s’approchent régulièrement des sacrementis ; plusieurs viennent se confesser et communier ici. Elles sont trèsattachées à la maison, dont elles ne parlent, en général, qu'avec reconnaissance et même enthousiasme. Nous sommes maîtresses absolues avec les parents, qui accéptent et goûtent notre éducation ?, » Vingt-deux religieuses composaient la communauté, y compris les novices, desquelles M"* Audé portait cetémoignage : « Vos petites novices redoublent d'efforts pour avancer dans la vertu. Il n’est pas rare de les voir aller au-devant des
1 Paris, 14 février 1830.
? À Mme Barat: Saint-Michel, 26 fév. 1829. Recueil, p. 104-105,