‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 199 sur 270 · SA VISITE À SAINT-MICHEL · texte numérisé non relu

SA VISITE À SAINT-MICHEL

humiliations. Quelque chose qu'on leur ordonne, jamais on ne rencontre d'opposition, tout se fait avec cœur !, » Deux de ces novices avaient reçu, l'une Île nom de Sophie, l'autre le nom de Philippine, par un hommage délicat à la mère Barat et à la mère Duchesne,

La clef de. voûte de cet édifice était la supérieure, rattachée solidement, inébranlablement à la Société ; comme elle l’écrivait à la mère générale : « Ma vocation pour l'Amérique, vous le savez, ma digne mère, n'est point une vocation d'attrait. Elle fut, elle est et sera toujours une vocation d'obéissance et de foi, d'obéissance à ma digne et chère mère Barat, de foi et de confiance que, partout où elle m’enverra, je trouverai toujours la Société du Sacré-Cœur. La Sociélé : voilà mon étoile polaire. Cette bienheureuse étoile, c’est vous qui êtes l’aimant qui me la faites reconnaître, et qui ferez que je ne m'en éloignerai jamais ?. »

Le conseil de Saint-Michel avait surtout pour objet d'assurer dans toutes les maisons d'Amérique l'observation uniforme de la règle et des coutumes de cette Société. Une des questions principales posées par M'° Barat avait été celle-ci : « Quelles dispenses de la règle peuvent être nécessilées par l'esprit du pays? » Me Duchesne tenait à l’observance stricte; mais, pour bien des raisons que nous devons expliquer, elle voyait son autorité à peu près paralysée par un état de choses dont les supérieures de France ne pouvaient se rendre compte.

A cette époque, et jusqu’en 1839, Loutes les maisons

1 À Mme Barat ; Saint-Michel, 26 fév. 1828, Recueil, p. 8b.

? Saint-Michel, 25 août 1828. de

du Sacré-Cœur, celles du nouveau monde comme celles de l’ancien, étaient gouvernées immédiatement par la mère générale, qui pouvait encore alors suffire à cette tâche. Aussi, en fait comme en droit, on ne recourait qu'à elle comme supérieure en chef, outre qu’un juste sentiment d'affection filiale et de vénération faisait souhaiter d'avoir affaire directement à une mère à la fois et si sage et si sainte. Tel était spécialement le sentiment personnel de M"° Audé, dont l'attachement si tendre à M"° Barat élait disposé à repousser comme un obstacle tout ce qui s'interposait entre elle et cette mère chérie. « Je consulte, écrivait-elle, la bonne mère Duchesne sur les choses de sainteté, car c’est en quoi elle excelle. » Mais là se bornaient ses consultations. Devant une situation déjà si délicate, M"° Duchesne n’apportait, à l'appui de ses conseils ou de ses décisions, qu’un mandat mal défini, émanant uniquement d'un désir personnel de la supérieure générale, sans fondement dans les statuts comme sans précédent dans la Société. De là les répugnances de sa sagesse non moins que de son humilité pour une présidence qui, en réalité, n’élait qu’une préséance d'honneur ; et appelée simplement à siéger dans un conseil où tout devait être décidé à la pluralité des voix, il ne lui restait plus en main d'autorité que celle de son expérience, dont elle avait le droit d’invoquer les lumières, mais dont elle ne pouvait guère alléguer les heureux fruits. Elle n’avait donc que trop raison d'appréhender que son action fût trouvée bien sévère, alors que celle plus facile. de M"° Audé obtenait à Saint-Michel des résultats si séduisants. « Quel crédit, écrivait-elle à M"° Barat, quel crédit pouvais-je attendre dans une maison où tout

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