LE CONSEI,, DE SAINT-MICHEL
est admiration au dedans et au dehors, tandis que je suis dans une position toute contraire? J'ai dit mon avis sur tout; mais j'ai été persuadée que je devais me tenir entièrement de côté, sans m'ingérer en rien que par amitié de sœur'.» Elle n’en demanda pas moins que désormais on supprimât, dans les pensionnats, les représentations, examens publics et distributions solennelles des prix, déjà prohibés par les arrètés des conseils généraux , et qu'une circulaire de la mère générale interdit de nouveau et plus spécialement aux maisons d'Amérique, en 1835.
La seconde visite de M"° Duchesne fut pour Bayoula-Fourche.Cette maison, destinéé, comme nous l'avons vu, à n'être que secondaire, soit par la nature de son enseignernent, soit par le nombre et le rang de ses pensionnaires, était accusée de prendre, au prix de dépenses ruineuses, un Caractère de grandeur également préjudiciable et à son avenir et à celui de Saint-Michel. La justification prétendue ou réelle de cet état de choses était dans l'esprit égalitaire de la nation, comme on le répondait à M"° Duchesne et à M"° Barat : « Sans doute, disait-on, les enfants orphelines des pauvres Acadiens devraient, dans l'intérêt de leur avenir temporel, être occupées ici à faire des toiles de coton, filer, carder, travailler aux champs, soigner les animaux. Mais ce serait assez que nous fissions faire queiques-unes de ces choses à nos orphelines, pour révoltér le public qui veut l'égalité *. » Malgré ces raisons plus spécieuses que solides, et les autorisations que la supérieure alléguait avoir reçues directement de Paris, M"° Du-
! Saint-Michel, 22 décembre 1829, ? Mme Dutour à Mme Barat, 27 dééembre 1529,
chesne déclara s’en rapporter uniquement à ce que la mère générale lui avait écrit à elle-même sur ce sujet ; et, réglant conséquemment les études, l'uniforme et le travail de la maison, elle ne négligea rien pour la tenir dans la modestie qui devait êlre le caractère de cette fondation.
Du 20 décembre 1829 au 19 janvier 1830, M"° Duchesne visita l'établissement du Grand-Coteau, où Me Murphy était supérieure : « M"° Murphy est celle avec qui mon esprit se lie davantage, écrivait la mère Duchesne. Nous n’avons pu nous empêcher de témoigner le désir d’un rapprochement à Saint-Louis; mais comment combler le vide que cette mère ferait aux Opelousas 1? » | chi
Il était impossible , en effet, de trouver une âme plus sympathique que cette Irlandaise. Elle avait l'ingénuité séduisante d’un enfant, le zèle d’un apôtre, le courage d’un martyr. Le temps qu’elle avait passé au noviciat de Paris l'avait comme soudée indissolublement à M'"° Barat. Chaque fois qu’elle lui écrivait, elle ne savait pas finir, comme elle s’en excusait dans un langage encore à demi britannique : « Il me semble, chère mère, que je suis à vos pieds sur une petite tabouret, et que arrive quelqu’une qui frappe à votre porte, disant presque tout haut que cette transatlantique fille est trop \ongue avec vous. Mais faites grâce, ma mère, car vous avez toujours pauvre moi rarement. » — Et dans une autre lettre : « Faut-il que je termine? Hélas! je trouve tous les mots plus faciles à écrire que celui ‘d'adieu ?. » Mais sous cette grâce aimable, quelle
1 Saint-Michel, 22 décembre 1829, ? Recueil des lettres, p. 64 et 125.