SA VISITE AU GRAND-CÔTEAU
énergie de foi! La pauvreté était son attrait dominant, et elle, si délicate, confiait à sa mère générale que, de puis quatre mois, elle portait avec une joie délicieuse les souliers usés dé ses enfants. Dans un état de souffrance presque continuel causé par le climat, elle protestait de sa paix et elle écrivait : « J’éprouve de la difficullé à faire cette lettre, à cause de la fièvre que j'ai presque continuellement. Je sens en moi plus dé force d'âme que de corps, car du moins mon esprit est toujours tranquille. Il me semble que plus je suis imparfaite, plus Dieu m'aime !. » En 1829, au moment de la visite de M"*° Duchesne, cet état maladif n'avait fait que s'aggraver; mais, son courage s'élevant à mesure, elle disait : « Les fièvres continuelles m’affaiblissent beaucoup; mais pour le bien de la maison, une supérieure doit souffrir : une épouse du sacré Cœur doit être une épouse de sang. Priez, chère mère, pour que Dieu me donne la force d’être tout à fait immolée à sa gloire ?. » Sous une telle maîtresse, le Grand-Coteau rivalisait avec Saint-Michel pour les bonnes études et les fortes vertus. Les parents avaient en elle une telle confiance, que tous voulaient lui confier leurs enfants. Ils les lui amenaient de toutes les parties de l’État ; et lorsque les bâtiments, quoique agrandis déjà, ne permirent plus de recevoir de nouvelles élèves, pères et mères tornbaient à genoux devant la supérieure pour la supplier : « Laissez ma fille coucher à terre, n'importe où, pourvu qu’elle soit près de vous, au Sacré-Cœur ! » — « Et nous dormions à terre, au grenier, dans les cabanes et les infirmeries, raconte une ancienne élève. Mais nous
1 Grand-Coteau, 19 octobre 1827, fin.
? (rrand-Coteau, 16 août 1829, p. 129.
étions heureuses, et il n'y avait pas de chez moi, si doux et même si luxueux fût-il, qui put nous engager à quitter notre cher couvent !. »
Si familles et enfants se ibtalali ainsi de la maîtresse, la maîtresse ne se louait pas moins de ses élèves :
Je suis continuellement avec les enfants, écrivait Me Murphy, et un regard suffit avec elles, tant elles sont dociles.. La maison a pris un élan tout à fait extraordinaire.. Nous avons fait cette année scolastique avec gloire *. » Plusieurs enfants protestantes abjuraient l'erreur; d’autres, empèchées de le faire, emportaient dans leurs familles le dessein arrêté de devenir catholiques, et les Annales de la propagation de la Foi racontent l'énergie persévérante d’une de ces anciennes pensionnaires du Grand-Coteau, jeune fille d'environ vingt ans, qui, profitant d’une visite d’un missionnaire dans la maison de ses parents, l'avait forcé de lui con- férer le baptème *. »
1 Notes traduites de l'anglais, p. 16.
2? Recueil, p. 38, 49.
3 « État du Missouri, septembre 1831. — Jé commencerai par vous raconter un trait d’une jeune personne protestante, dont les parents restent aux Rapides, petit endroit sur la rivière Rouge, à une distance d'environ quatre-vingts lieues de la Nouvelle-Orléans. Ses parents l'avaient envoyée pour faire son éducation dans le pensionnat des sœurs du Sacré-Cœur , au Grand-Coteau, à trois lieues des Opelousas. A peine y avait-elle demeuré cinq ou six mois, qu’elle témoigna le désir d’être baptisée. Après quelques semaines d'épreuves et d'instructions, ces dames lui permirent d'écrire à ses parents pour obtenir leur permission, car elles ont pour principe de ne rien faire, dans de semblables c.reonstances, sans le consentement des parents. Ce fut inutilement; le père répondit qu’il n’y consentirait jamais. Cette jeune fille, qui avait alors une vingtaine d'années , renouvela ses sollicitations pendant plus de dix-huit mois qu’elle passa au Sacré-Cœur. Elle fut obligée de retourner dans la maison paternelle, sans avoir pu obtenir le baptême, objet de ses désirs. Quelques années apres, M. Rossi, curé des Opelousas, passant aux