‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 202 sur 270 · SON SAINT ZÈLE POUR LA RÈGLE · texte numérisé non relu

SON SAINT ZÈLE POUR LA RÈGLE

Pour tout ce que nous venons de dire, M"° Duchesne témoigna à ses filles chéries son plein contentement. Mais, passionnée saintement pour la régularité, et ne pouvant oublier qu'elle en était, par devoir, la gardienne responsable, elle regretta, dans les maîtresses et leurs pensionnaires, un esprit de liberté vers lequel inclinait déjà trop ce pays. Elle s'étonna de voir que les unes et les autres se permettaient de sortir et de se promener à travers les bois et les champs du domaine, où, faute d'enceinte, elles étaient exposées quelquefois à la rencontre des passants. Elle s’inquiéta surtout de la facilité que le Grand-Coteau montrait à l'égard des enfants encore protestantes , dans le but de les convertir. Le pape consulté avait précédemment autorisé l’admission des enfants de cette religion dans.les pensionnats. L’assistante du Grand-Coteau, M"° Dorival , écrivait à ce sujet, peu de temps auparavant : « Beaucoup de familles protestantes nous donnent leurs enfants à cause de la liberté d'esprit et de croyance qu'il faut avoir l'air de professer ici; et, par ce moyen, plusieurs embrassent la vraie foi !.» Mais n’y avait-il pas, dans la pratique et le

Rapides, alla loger dans la maison de ce protestant, qui le reçut parfaitement bien. Après le dîner, M. Rossi se retira dans sa chambre, pour dire son bréviaire. Cette demoiselle, profitant du moment où il était seul, y entre, se jette à ses pieds, et lui demande en grâce de lui donner le baptême. M. Rossi lui représente que, recevant l'hospitalité de son père, il ne voulait rien faire contre sa volonté. Ayant insisté de nouveau, et sans plus de succès, la jeune fille, voulant en finir, saisit le bras du curé, l’entraîne vers la cheminée, lui met dans la main un vase d’eau qui s'y trouvait, se jette à genoux, et, conduisant la main du prêtre, le force à répandre l’eau sur sa tête. M. Rossi, vaincu par ce désir persévérant, combla enfin ses vœux, en la baptisant au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. »

(Annales de la propagation de la Foi, t. VIII, n° ms. pe 593.)

1 Grand-Coteau, 12 octobre 1827.

degré de cette condescendance, un excès qui tournait à la diminution de l'esprit religieux dans le pensionnat ? Telle fut du moins l'impression de M"° Duchesne. Sa grande foi s’offensa du peu de place que la religion occupait généralement chez toutes les écolières, desquelles elle écrivait à la mère Barat : « J'ai honte de le dire : on n'ose leur parler de Dieu. On craint d’insister sur le catéchisme ; et ces enfants ont rien me voyant dire le Veni, sancte Spirilus, à genoux. Le mélange des religions produit, pour la véritable, une langueur qui est pétir rable !, »

Depuis lors le Sacré-Cœur a précisé sur ce point difficile et délicat sa législation, n’admettant les protestantes dans ses pensionnats qu’en vue de leur salut; loujours en moindre nombre que les élèves catholiques, et à la condition pour toutes de se conformer au règlement commun pour les instructions et exercices religieux. En attendant, une liste d’arrêtés sur ce sujet et sur plusieurs autres fut soumise à la sanction de la mère Barat, qui, tenant compte des circonstances, accorda à ses filles, à titre de simple permission, « qu'on n’exigerait pas des enfants proteslantes l'étude du catéchisme, » et que dans le pensionnat « les prières, au lieu d’être récitées en latin, le seraient en anglais. » Ce fut tout ce qu’elle concéda, estimant avec vérité que la france et entière pratique du catholicisme dans un pensionnat catholique, loin d'être, pour une famille vertueuse et religieuse, une cause de répulsion, est souvent bien plutôt un attrait et un exemple, comme l'expérience le démontre. Quant aux promenrdes dans

1 Saint-Michel, 20 janvier 1830,

Page 1