‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 207 sur 270 · ELLE DEMANDE SA DÉPOSITION · texte numérisé non relu

ELLE DEMANDE SA DÉPOSITION

compte des progrès et des besoins nouveaux. Or, si celte stagnation, cette immobilisation d’une institution dans sa première enfance est un péril partout, combien plus en Amérique, où tout est mouvement et transformation |

Sur ces entrefaites, arriva, le 31 août, la religieuse annoncée par M"° Barat, ainsi que plusieurs autres. C'était M"° de Kersaint, vrai cœur de Breton, formée par la mère Thérèse, dans la maison de Quimper !. On crut que c'était l'heure d'opérer le changement depuis si longtemps demandé.

1 Mme de Kersaint et sa colonie s'étaient embarquées au Havre le 14 juin 1831, lendemain de la fête du sacré Cœur de Jésus. Son Journal rend comple de ses dispositions : « Au plus fort de la tempête, dit-elle, nous élions heureuses. Nous nous disions l’une à l’autre que nous ne voudrions pas changer notre position pour tout au monde. Tel n'élait pas le langage d'un bon monsieur qui, ayant entrepris ce voyage pour son plaisir, promit bien, s’il en revenait, qu'on ne l'y prendrait plus. » Un ministre anglican, qui avait la bonté d'enseigner l’anglais à la petite colonie, ayant demandé aux religieuses d'écrire en celte langue leur première pensée, elles écrivirent : « Nous sommes très-heureuses, » —« Mais, leur demanda-t-il, n'avez-vous pas de regret de vous être faites religieuses ? — Nous n'avons que le chagrin de ne l'avoir pas fait plus tôt. » À chaque nouveau danger couru et évilé, elles répétaient : « Que Dieu est bon! » Le soir, elles se réunissaient pour chanter ce cantique, sur l'air de Pauvre Jacques :

Vous, qu’en ces lieux combla de ses bienfaits Une Mère auguste et chérie..., à cause de celte strophe toute de circonstance :

Battu des flots, vain jouet du trépas, La foudre grondant sur sa tête,

Le matelot se jette dans ses bras, L'invoque, et voit fuir la tempête.

Tel le chrétien, dans ce monde orageux, Vogue toujours près du naufrage ; Mais à Marie adresse-t-il ses vœux, 11 aborde en paix au rivage.

La mère Duchesne reçut ses filles sur son cœur. « Cette vénérable mère est élonnante pour son âge, rapporte Mme de Kersaint. Elle est à tout, elle fait tout, elle bénit Dieu de tout. »

Me Barat hésitait, souffrait de cette mesure qu'on lui disait nécessaire. Son grand sens spirituel l’averlissait qu’en somme l'inhabilité des saints est plus proftable au bien que l'habileté des autres. Mais une fois décidée, elle ne chercha pas de détours, et la simplicité tranquille avec laquelle elle présenta ses remarques et transmit ses volontés à sa vieille amie, témoigne de la sainteté et de celle qui commandait et de celle qu’elle savait toute prête à obéir: « Il résulte, lui écrivit-elle le 30 novembre 1831, il résulte des détails que j'ai reçus d'Amérique, que je ne suis pas sans inquiétude sur l'état actuel de votre maison. Depuis longtemps, je gémis sur son peu de succès, et du tourment qu'il vous donne. J’espérais que Saint-Louis aurait pu s'établir sur le même pied que Saint-Michel et les Opelousas. Des personnes amies me l'avaient fait espérer. Mais, d’après ce que j'ai lu, nous n'obtiendrons jamais ce résultat, si on ne fait un autre plan que je dois vous soumettre pour le plus grand bien... Ce serait de mettre M"° Thiéfry à Saint-Louis, en. votre place; de lui ‘donner M"° de Kersaint pour assistante, et peut-être M"° Régis pour maîtresse générale... Vous, chère mère, vous vous retireriez à Saint-Charles ou à Fleurissant, là où vous croiriez devoir être le plus utile. »

Ici M"° Barat, ayant touché légèrement le sujet des tendances arriérées reprochées au gouvernement de Mr Duchesne : « Hélas! ajoute-t-elle, à Dieu ne plaise, chère mère, que je vous blâme. Je sais trop ce que vous avez fait et souffert ; mais les temps changent, et il faut aussi modifier et changer notre manière de faire. » Puis se plaçant au point de vue lout surnaturel, qui était toujours celui de M"° Duchesne: « Que de

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