‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 209 sur 270 · ELLE EST MAINTÉNUE A SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

ELLE EST MAINTÉNUE A SAINT-LOUIS

D'Aix, où elle se trouvait, elle s'empressa de répondre à sa chère Philippine ces lignes toutes d'effusion et de jubilation. « Je cède au désir de M votre évèque avec d'autant plus de facilité qu'il m'en avait coûté beaucoup de prendre celte décision. J'accédais à vos vœux si persévéramment et si énergiquement exprimés. Et puis tant d’autres personnes éclairées pensaient comrae vous sur cet article ! Je suis ravie, ma chère fille, qu'elles se soient trompées, et que, de votre part, il n'y ait qu’un sentiment d'humilité qui vous ait portée à me faire cette demande. J'espère que Dieu vous aidera et vous soutiendra, comme il l’a fait jusqu’à présent, dans l'exercice de cette charge si difficile. Ainsi donc, continuez de la remplir, tant que vous le pourrez : c'est l'intention de votre évêque, c'est la mienne ; j'aime à me trouver d'accord avec lui. D’après celte décision, nous ne changerons rien !. »

La charge retombait donc sur M"° Duchesne ; il n’était pas temps encore d'en être soulagée. Aussi bien, des souffrances de la maternité spirituelle elle n’avait encore connu que la moitié: les privations, les travaux, les difficultés. Elle allait désormais en connaître les plus profondes, les plus poignantes douleurs : les ruines, les grands deuils, les coups A e de la séparation et de la mort,

En 1832, la maison de la Fourche dut être supprimée : ce fut la première blessure faite à son cœur de mère. Cette maison, devenue un fardeau écrasant pour la Société, fut remise aux mains de l'évêque de la Nouvelle-Orléans, qui plus tard y établit une autre com-

1 Aix, 8 mai 1832,

munauté, et parvint ainsi à la faire revivre, dans des conditions plus fruclueuses de personnel, de fonctionnement et de gouvernement.

Une plus grave épreuve fut celle du choléra. Au commencement d'octobre 1832, M"° Duchesne écrivait à Ja ‘mère générale : « Le choléra est à Saint-Louis. Après avoir fait plus de ravages au Canada qu’à Paris, toutes proportions gardées, il en fait encore davantage à Saint-Louis, eu égard à la population. Nos enfants sont dispersées depuis l'invasion du mal; et on en fera durer la crainte plusieurs mois, selon les apparences. » A quoi M" Duchesne ajoutait comme Job: « Dieu soit loué de tout, il est toujours père et bon. Au milieu des afflictions, il montre sa providence particulière sur nous ; car tandis que tout tombe autour de nous, la mort n’a pu entrer dans aucune de nos trois maisons, depuis notre arrivée !. »

Hélas ! il ne devait pas en être ainsi longtemps. Au mois de juin suivant 1833, M" Duchesne apprit que le terrible fléau sévissait à Saint-Michel, et que quatre religieuses venaient de succomber. « Cette nouvelle m'a été annoncée par une sœur venue des Opelousas, écrivait M" Duchesne à la mère générale. Mais comme il faut un mois à la poste pour venir de Saint-Michel à Saint-Louis, je ne sais encore rien de M"° Eugénie, pour laquelle je tremble, et pour tout son pensionnat, car le choléra règne partout le long du fleuve ?. » é

Une lettre de M'"° Audé lui fit bientôt connaître le lamentable désastre de celte maison. Saint-Michel pos-

1 Saint-Louis, 11 octobre 1832.

? Saint-Louis, 23 juin 1833,

Page 1