‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 211 sur 270 · DÉVOUEMENT DE LA MÈRE AUDÉ · texte numérisé non relu

DÉVOUEMENT DE LA MÈRE AUDÉ

Cette peine inconsolable, jointe à quatorze jours ct à autant de nuits de fatigue, sans repos, la mit, durant deux jours, à deux doigts de la tombe, « Je crus, ditelle, toucher à la fin de mon exil, » À peine remise, elle vit une autre de ses sœurs, qui jusqu'alors était florissante de santé, frappée d'apoplexie. A trois semaines de là, une religieuse succombait à une sorte de décomposition du sang, et deux autres ne tardèrent pas à la suivre au tombeau. M Audé écrivait : « Dieu ast-il fermé le dernier anneau de cette chaîne cruelle? Lui seul le sait, et je ne dois point chercher à le connaître. Mon cœur est brisé; chacune decelles que je perds emporte avec elle une partie de mon existente. Excepté mourir, je ne peux rien éprouver de plus déchirant, Toutefois, si cet état plaît à Notre-Seigneur, je m'y abandonne, mais priez pour moi, ma digne mère ; demandez que ma foi se soutienne, et que nulle plainte ne s'échappe de mes lèvres, encore moins de mon cœur ‘, »

D'un main triste, mais ferme, M" Duchesne consignait sur son fidèle journal ces désastres qui menaçaient d'une ruine imminente la plus florissante de ses colonies. Nous n'avons plus la lettre qu’elle écrivit à sa fille en cette occasion ; mais ces désolations inspiraient à son âme un dédain de la terre et une soif du ciel, qui se laisse apercevoir dans ces lignes adressées à Me de Gramont : « Dans certains moments, j'ai désiré ce choléra; c'est un mal, il est vrai, mais qui n’est pas l'offense de Dieu, et qui peut au contraire ramener les pécheurs à Lui. Nous sommes ici-bas sujettes à lant de

1 Lettre à Mme Barat, 21 décembre 1833,

misères qui ne sont pas sans péché que cela me fait désirer la fin de mon exil !. »

Elle n’était pas au plus creux de cette vallée de larmes. Même après ces grands deuils, elle ne savait pas encore ce qu'’ilen coûte à une mère de voir expirer lentement sous ses yeux sa fille la plus chérie. Elle allait l’apprendre. C’est au lendemain même de cette épidémie qu’elle vit sa plus ancienne et plus fidèle compagne, M"° Octavie Berthold, consommer son agonie, ou plutôt le mystère d’immolation volontaire dont il nous faut faire connaître le dessein et la vertu, non moins que les douleurs.

M" Octavie Berthold, partie de France en même temps que M" Duchesne, n'avait plus été jamais séparée de celte mère. Leur attachement réciproques’était resserré encore au moment du départ de M"° Audé pour les Opelousas, comme M"°-Octavie le témoigne ellemême par la lettre suivante : « Voilà ma digne mère Duchesne seule dans cette maison, où il ne lui reste pour unique compagne, comme religieuse professe, que votre pauvre Octavie, et vous savez ce qu'elle vaut. J'ai cependant un grand désir de la seconder en tout. Le lien de la plus tendre charité, qui m'unit à elle, se resserre de plus en plus; et je puis dire que nos cœurs n'en font qu’un dans celui de notre adorable Maître 2»

Mr Duchesne, de son côté, aimait dans Octavie une âme d’une trempe à part, Mais cet amour se changea en vénéralion quand il lui fut donné de pénétrer la cause surnaturelle de ses souffrances, et de reconnaître en elle une victime généreuse, dévouée à tous les maux par un héroïque contrat avec Jésus-Christ. « Dieu l’éprouva

1 Sans date, vers 1832, 2 Fleurissant, 4 août 1821, — Recueil n°16, p. 203,

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