‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 212 sur 270 · SACRIFICE DE MADAME OCTAVIE · texte numérisé non relu

SACRIFICE DE MADAME OCTAVIE

beaucoup, rapporte M"° Duchesne dans la trop courte notice qu'elle lui a consacrée. Les oublis, la solitude, les ennuis d'une longue maladie l’accablèrent tour à tour ; le démon la tourmenta intérieurement ; et ce fut en pressant continuellement la croix amère sur son cœur et en offrant à Dieu encore plus qu’il ne lui demandait, qu’elle se fit victime avec Lui!. »

Quel fut ce sacrifice dans lequel il semblait que sa générosité avait dépassé même les bornes du devoir? Des récits authentiques, confirmés par les lettres de M"° Berthold, jettent sur ce sujet une précieuse lumière : « Celte mère, est-il dit, qui à une beauté remarquable joignait une grande bonté, s'étant aperçue que ces qualités extérieures lui attachaient les élèves d’une manière trop naturelle, et que plusieurs fois même, ayant élé appelée au parloir, sa vue y avait produit une certaine sensation, en fut vivement peinée et humiliée. Anéantie au pied de l'autel, elle conjura l’Auteur de tous les dons de lui enlever ceux qui paraissaient captiver les créatures, aimant mieux devenir un objet d'horreur qu'une occasion de chute ?. »

La correspondance de M"° Berthold avec M"° Barat nous permet de placer vers la fin de l’année 1823 celte oblation héroïque. Elle fut acceptée. En effet, à cette époque, des abcès et ulcères d’un caractère inquiétant envahirent bientôt ce corps trop charmant et ce visage tant admiré. D’autres symptômes annonçaient un travail interne de décomposition qui préludait de loin à celui de la tombe. M"° Berthold sentit qu'elle était exaucée,

1 Mme Duchesne, Vie de nos Sœurs de la Louisiane, Recueil in-folio n° 48, p. 18, 2 Notice sur Mme Berthold, par Mmes Mathevon, Hamilton, etc., p. 37.

etelle en tressaillit d'espérance : « Octavie gagne sans cesse dans cet état de souffrance, écrivait M"° Duchesne dès le 25 septembre 1823, et elle répète avec la plus vive ferveur: « Je ne changerais pas mes souffrances pour toutes les couronnes du monde. »

M"° Barat avait reçu de M"° Berthold la confidence de son oblation mystérieuse. C'est avec elle surtout qu'Octavie se livrait aux effusions d’un cœur sacrifié, crucifié, broyé, mais triomphant. Nous lisons dans une lettre du 14 juillet 1826 : « Mes vomissements continuels me faisaient souvent penser à la mort, dont j'étais si près. Mais, d ma mère, la bonté de Jésus était si grande, que moi, qui avais toujours et bien justement appréhendé la mort, je la voyais avec paix et résignalion. Deux ans auparavant, m'étant donnée à Dieu sans réserve, et depuis ce temps ne lui ayant rien refusé, ce me semble, je sentais que ce divin Maître me conférait alors la force de lui faire certains sacrifices qui révoltaient beaucoup ma nature orgueilleuse. Je pensais à cela dans mes insommies, me disant: « Si deux années employées pour Dieu sont récompensées de tant de paix dans l’âme, que sera-ce d’un plus long temps passé dans l'humilialion, l’obéissance et la souffrance ? Ces réflexions ont adouci les longues veilles de mes nuits. Je me lève un peu à présent, je fais ma classe matin et soir, je vais même assister au goûter des élèves : c’est là, ma chère mère, tout ce que je puis faire !. »

Mr Duchesne, témoin de ces souffrances et de ce courage, allait de la compassion à l'admiration. Elle disait dans ses leltres: « La santé de M"° Octavie est

1 4 juillet 1826,

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