LONGUE AGONIE DE MADAME OCTAVIE
qui a tant fait pour vous, surtout depuis votre entrée dans la religion catholique et votre admission au Sacré- Cœur. Ah! ma chère fille, si vous êtes encore maîtresse des novices, quel emploi important et saint que celuilàl:et comme vous devez être sainte por Inspiver aux autres l'esprit de la Société ! ! »
Mais, écrasée par ce devoir d'une sainteté exemplaire, la malade implorait la faveur d’être soulagée d'une charge si haute. Puis elle se résignait et elle écrivait : « Que toutes mes actions et mes paroles soient consacrées à la gloire du Cœur du divin Maître! Ce sont là tous mes désirs... Je ne veux que me consumer, jusqu'à mon dernier soupir, pour la Société ?. » Et dans l'été suivant, protestant que cet amour serait plus fort que la mort, elle écrivait de même : « Je sens que le cœur se dégage, à mesure que le corps s’affaiblit. 11 n'y a donc plus dans ce cœur que la chère Société, que j'espère d’ailleurs revoir bientôt dans le ciel 5, » LS
Le 27 septembre 1831, la malade conslata que son heure était proche : « Depuis l’année dernière, je n'ai plus mis de réserve à tous mes sacrifices, soit présents, soit futurs. Je jouis donc d'une profonde paix, et j'ai pris pour mon oraison jaculatoire ces paroles du psaume : Vous avez brisé mes liens, d mon Dieu, je vous sacrifierai une hostie de louange. 11 ne s’agit plus pour moi que de consommer mon holocauste avec un cœur dégagé. Ma santé est toujours à peu près dans le même état. II me
1 Paris, 1829. Recueil des lettres à Mme Duchesne, p. 265. ? Fleurissant, 22 septembre 1828. Recueil , ne 50, p. 55. 3 Fleurissant, 29 juin 1829, p. 109,
436 HISTOIRE DE MADAME DUCHESNE semblé quelquefois que j'ai les os de l'épaule, du bras, de la poitrine et du côté tout disloqués, tant mes muscles sont tendus par les plaies et l’enflure. Je n'ai bientôt plus, du côté droit, que les os et la peau; mais du moins je puis encore aller à la chapelle pour y communier. Du reste, ma bien bonne mère, je me trouve parfaitement heureuse dans mon état d’infirmité. Pendant une neuvaine faite, pour ma guérison, dans les maisons de Saint-Charles et de Fleurissant, j'ouvris un livre de piété, et y ayant lu ces lignes: « À quoi me sert de vivré, Seigneur, si je ne vis pas pour vous? » à l'instant, pénétrée de la lumière intérieure et de l’onction de la grâce, je fis cette prière :« O mon Dieu, si, étant guérie, je dois retourner à la vanité, au désir de paraître, à la recherche de ma gloire, oh! alors que mon corps se dissolve en pourriture; que je sois couverte de plaies, plutôt que de quitter l’état d’humilité et d’abjection qui m'unit à vous d'une manière si intime! » MF l’évêque, à qui j'ai tout raconté, m'a dit que j'avais fait là une bien bonne prière !. »
: Ce courage soutenu faisait l'admiration de la communauté, et nous lisons dans une lette de M"° de Kersaint, écrite dès son arrivée à Saint-Louis: « La chère et sainte Octavie est toujours dans le même état. L'hiver qui-va commencer sera terrible pour elle. Quelle âme! Dieu seul la connaît; mais elle sera haute dans le ciel ?.» j
Complétant ces souvenirs, M"° de Kersaint ajoute dans une note: « Je ne pense à cette sainte mère Octa-
1 Saint-Louis, 27 septembre 1831. Autogr.
2 A la mère Thérèse, 4 octobre 1831, Recueil, t. 11, p. 179.