‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 215 sur 270 · DERNIER COMBAT DE MADAME OCTAVIE · texte numérisé non relu

DERNIER COMBAT DE MADAME OCTAVIE

vie Berthold qu'avec vénération. Combien Dieu l'a éprouvée! Elle aimait à chanter avec moi :

Mon Dieu, j'espère Qu'un jour enfin viendra Où, pour te plaire,

Tout en moi souffrira, Tous les vains charmes En moi tu détruiras ; Je rends les armes, Toi seul tu règneras!

Elle fut exaucée, continue cette note. Ceite mère qui jadis, en arrivant en Amérique, réunissait tout en elle, vertus, talents, beauté et amabilité, en était réduite, en 1831, à ne pouvoir paraître aux yeux des enfants. On ne voyait plus d’elle que le milieu du visage ; le reste était couvert d’un linge qui cachait des plaies, Il y en avait de si profondes que la sœur qui la pansait en versait des larmes. Mère Octavie la consolait en uen qu’elle aimait plus que tout ses chères plaies !.

Le 25 juillet 1833, la malade reçut avec une douce paix le saint Viatique et l’Extrême-Onction. Les deux mois et demi pendant lesquels elle traîna encore sa triste existence ne furent qu'une mort anticipée. La victime de neuf années disait, en se plaignant, à M"° Duchesne : « Je n’ai plus rien à souffrir; Notre-Seigneur me traite en tiède, puisqu'il ne m'envoie plus même de tentations. — Soyez tranquille, mon enfant, lui répondit cette mère; attendez, le bon Maître saura bién y pourvoir. » Trois heures avant sa mort, une sueur froide la couvrit , ses membres se roidirent , ses cheveux

1 Souvenirs de la maison de Saint-Louis, par la mère de Kersaint, copie in-8, p. 7.

se hérissèrent, ses yeux roulaient de frayeur; on l'entendait s'écrier : « Toutest perdu, hélas! Notre-Seigneur me rejette, » Et, du geste, elle désignait un ennemi invisible qui attendait son âme pour s’en emparer. Le Père Van Quickenborn et la mère Duchesne essayaient en vain de la rassurer : « O mon Jésus, répétait la moribondeéperdue, du moins laissez-moi un peu vous aimer encore en cette vie! » Le P. Recteur priait, la face contre terre; la mère Duchesne soutenait, encourageait sa fille, elle-même frissonnait. C'était l'heure de l'Eloï Lamma sabacthani, et de l'obscurcissement du Ciel sur le calvaire. Tout à coup, à celle angoisse succéda la plus douce paix : souriante, le visage radieux, M"° Octavie tendit ses deux bras à M"° Duchesne : « Le combat est fini, ma mère, réjouissons-nous : il n’y a plus que Jésus. » Ce fut sa dernière parole. Le prêtre et la religieuse entonnèrent le Magnificat. Octavie n'était plus. On remarqua, à la suite de cette cffroyable crise, que les cheveux de M"° Duchesne étaient devenus tout blancs. Mais la tranquillité qui l'avait terminée lui laissa dans l'âme le plus doux souvenir : « Jamais mort, disait-elle, ne m'a fait plus de bien !. » Le lendemain, elle écrivait à ses mères de France : « Celte mort est la première des nôtres en Missouri, depuis notre arrivée en 1818. Celles que Dieu appellera dorénavant à Lui seront heureuses, si leur fin est aussi édifiante que celle de cette chère défunte. C'est hier, 16 septembre, que notre sœur Octavie a rendu sa belle âme à Dieu, avec toute sa connaissance, dans la plus douce paix, qui s’est montrée sur sa figure, jusqu’à ce qu’on dût la dérober

1 Notes de Me Évelina Lévêque.

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