‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 217 sur 270 · SUPPRESSION DE SA MAISON DE GRENOBLE · texte numérisé non relu

SUPPRESSION DE SA MAISON DE GRENOBLE

de cette maison de Grenoble, dont il n'avait cessé d'être le bienfaiteur, ajoutaif ces lignes : « M. de Vidaud, mourant au moment de cette ruine qu'il n’a pu empêcher, aura reçu une grande récompense ‘. »

Sainte-Marie-d'en-Haut, perdue pour le Sacré-Cœur, devait passer bientôt en la possession des Dames Ursu lines, qui y ont repris l’œuvre de l'éducation avec des fruits de grâce dont nous aimons à attribuer une part aux prières de M"° Duchesne. Celle-ci en remercia Dieu avec allégresse, et nous lisons dans une de ses lettres adressée trois années après à M°Jouve, sa sœur : « Tu m'as consolée, en m’'apprenant que Sainte-Marie était rendue à un objet édifiant et religieux. Depuis son abandon, j'avais fait un dessin de ce cher asile, en écrivant à côlé ce texte de Jérémie : Les voies de Sion pleurent, car il n'y a plus personne qui vienne à ses solennilés. J'y ajouterai maintenant ces paroles de David : On y verra les tribus, les tribus du Seigneur, qui : loueront son.saint nom. Il m'est consolant de penser que M"° de Rollin est encore l’auteur de cette bonne œuvre. Remerciez-la pour moi; car tout ce qui regarde la gloire de Dieu m'est personnel, et je m'en réjouis comme de mon propre gain ?. »

Achevons , en disant qu'à tant de chagrins violents se joignit, en 1834, celui des maladies dans sa maison de Saint-Louis. Elle y comptait, à cette époque, trentedeux pensionnaires, « ce qui ne s'était pas encore vu, » comme elle l’écrivait, quand, dans le courant de l'été, une suite de calamités, fondant sur le pensionnat, força M" Duchesne à le licencier. Cette triste séparation se

1 Saint-Louis, 9 octobre 1834.

? À Mme Jouve, 11 juin 1837. Recueil, p. 135.

fit le 31 juillet, fête de saint Ignace : « Celte sortie prématurée, jointe aux mauvais paiements, nous laisse tout à sec, » écrivait la pauvre supérieure, obligée de recourir à d'onéreux emprunts pour faire subsister une maison sans ressource ‘. Elle envoya ses malades à Fleurissant, dans l'espoir d’y trouver un meilleur air pour se rétablir; mais elle-même ne voulut pas s’éloigner de Saint-Louis; et là, seule, en compagnie de quelques orphelines, elle se mit en devoir de « satisfaire , comme elle disait, à la justice de Dieu ». N’attribuant qu'à ses fautes les maux qui s’appesantissaient sur sa famille spirituelle, elle jeûna, se flagella, se dévoua, comme victime de propitiation, pour le salut de son peuple. Une procession expiatoire fut organisée par elle, et, se mettant à la suite de ses orphelines, elle y parut pieds nus, la corde au cou et un cierge à la main. Le Ciel agréa ses prières, et toutes ses chères malades se trouvèrent guéries peu de jours après.

Cette maison, fondée, accrue et enfin sauvée par elle, ne devait plus rester sous sa direction. Elle-même répétait qu’elle ne se sentait plus à la hauteur de l’œuvre. Le flot montant du progrès l'avait submergée : « Je suis passée de mode. Ici il faut parler hautes sciences, astronomie, chimie , philosophie. Je m'en sens d'autant plus attirée à ne connaître que Jésus comme l’objet de l'unique science nécessaire, et à le chercher dans la solitude, Mon patron de cette année, c’est saint André et sa croix. Cette croix, cette üonne croix, je la désire en deux choses : ou ma fin, ou la fin de mon gouvernement *. »

C'était la même prière qu'elle avait déjà faite

1 À Mme Barat, 13 août 1834.

2 À Mre Barat, 26 janvier 1834.

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