‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 218 sur 270 · ELLE EST TRANSFÉRÉE A FLEURISSANT · texte numérisé non relu

ELLE EST TRANSFÉRÉE A FLEURISSANT

quatre ans auparavant. La mère Barat crut répondre aux vœux pressants de sa fille en la transférant de Saint- Louis à Fleurissant, mais en ayant bien soin d’adoucir par l'amitié ce que cette translation pourrait avoir de pénible pour cette fille chérie : « Ma chère Philippine, lui écrivit-elle, vous avez besoin de repos, et par conséquent d’une administration plus facile. Nous appelons M"° Thiéfry à Saint-Louis, à votre place, et vous irez prendre la sienne à Fleurissant.… Ma chère Philippine, je me recommande à vos prières. Oh! offrez-les à Jésus, avec toute laferveur dont vous êtes capable, pour votre première mère !, »

Ce fut le 11 octobre que cet ordre arriva à M"° Du chesne. Le 12, le changement de maison se fil avec le même calme que s’il ne se fût agi que d'un changement de cellule. « Ce jour-là, rapporte-t-elle, je remis à MF l’évèque de Saint-Louis la lettre de notre mère générale, qui le prévenait de mon départ... Je lui témoignai mon désir qu'il eût lieu le jour même. En effet, la même voiture qui reconduisait Monseigneur chez lui, vint me prendre pour m'emmener à Saint-Ferdinand. J'y trouvai M" Thiéfry, prévenue de tout, et fus témoin des regrets qu’elle emportait de sa maison, qu’elle qüitta le lendemain ?. » Les novices de Meurissant suivirent à Saint-Louis M"° Thiéfry, pour être confiées aux soins de M"° de Kersaint.

La mère Duchesne laissa à Saint-Louis une mémoire que le temps n’a pas effacée : il n’est pas rare de voir, chaque année, le 1° mai, jour de l’apôtre saint Philippe, d'anciennes élèves revenir au Sacré-

1 Paris, 29 juillet 1834, ? Fleurissent, novembre 1834,

Cœur , apportant des bouquets, en souvenir de la fête de leur mère Philippine. Le souvenir de ses leçons est plus vivant encore ; et c’est une vérité reconnue dans cette ville que les dames les plus distinguées par leur instruction, leur religion, leur esprit de foi, leur mérite : en tout genre, le doivent à l'école de M"*° Duchesne, Nous avons montré ce que fut, pendant ces années, l'entier dépouillement de la servante de Dieu. On croit lire la première moitié de l’histoire de Job, celle de ses infortunes ,. mais il y aura la seconde : celle de ses récompenses ; nous la lirons bientôt. Que si donc les chrétiens étaient tentés de scandale, en voyant leur Père céleste traiter si rigoureusement ses meilleurs enfants, qu’ils songent aux retours certains d’une miséricorde dont la douceur se cache sous cette sévérité. Qu'ils se rappellent en outre que Dieu seu! est notre fin, et que tout est vain et vide de ce qui, soit en nous, soit autour de nous, ne conduit pas à Lui, ou détourne de Lui. Vain donc est le succès, et le triomphe et l'éclat; vaine la prospérité qui arrête et captive dans des lacels terrestres l'élan obligé du cœur vers l’Infini divin. Il faut laisser faire Dieu : « Qu'il frappe tant qu'il voudra, il est toujours Père, » disait saint Augustin !. Il faut laisser le céleste Cullivaleur des âmes élaguer, retrancher les rameaux inféricurs et parasites de l'arbre, pour le faire se diriger plus vigoureusement vers le ciel. Un jour, nous n’aurons pas trop de tous les siècles des siècles pour remercier le Seigneur des insuccès de ce monde qui nous auront valu la gloire et le bonheur éternel de l'autre!

1 Sæviat quantum vult : Pater est. (Aug, in Psalm.)

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