CHAPITRE II
SÉJOUR À FLEURISSANT VIE SPIRITUELLE DE MMC DUCHESNE SA PAUVRETÉ ET SON HUMBLE OBÉISSANCE SON AMOUR POUR JÉSUS-CHRIST SON AMOUR POUR SES ENFANTS, SA SOCIÉTÉ, SA FAMILLE L'ÉGLISE, LES MISSIONS SES ASPIRATIONS VERS LA MORT ET LE CIEL ELLE CESSE D'ÊTRE SUPÉRIEURE
Mc Duchesne accepta sa translation à la maison de Fleurissant comme un bienfait du ciel : « Depuis longtemps, écrivait-elle, je pliais sous le joug de mes occupations, qui m'occasionnaient de grandes fautes. En arrivant à Fleurissant, je me suis crue au port, au pied de l'autel de saint Régis et près de ce fervent noviciat de nos amis!. »
Mais ce port n'était pas à l'abri des tempêtes ; et sa santé ressentit des secousses qui l'averlirent qu'il n'ya pour le chrétien d'autre port que le ciel. Elle raconte dans ses lettres de 1834 que, durant plusieurs mois,
1 À Me Audé. Fleurissant, le 9 novembre 1834. ‘
elle se trouvait, la nuit, brûlée de feux violents du sommet de la tête à la pointe des pieds. « Une nuit, rapporte-t-elle, la douleur me réveilla en sursaut : mes doigts de pied étaient comme dix boules de feu. Je me jetai à terre jusqu'à ce que le froid de la nuit m’eût enfin permis de me remettre au lit, où souvent je devais me tenir les jambes pendantes, sans y pouvoir souffrir la plus légère toile. » Il y avait dans ce mal quelque chose de si étrange qu’elle était tentée de l’attribuer à quelque cause surhumaine : « Je m'imaginai qu'il y avait là quelque chose de diabolique; aussi une fois, à minuit, n’en pouvant plus, je me suis recommandée avec larmes à Marie, et j'ai été mieux. »
C'est sans doute à la suite de ces souffrances mystérieuses que, le 8 novembre, M"° Duchesne écrivit à la mère Barat : « J'ai craint et espéré que Dieu disposerait de moi, dans une maladie dont je n'ai élé quitte que le 1°’ de ce mois; encore, j'ai perdu la plus grande partie de ma force. » Ses plus anciennes compagnes, comme M"° Mathevon, croyant, elles aussi, qu’elle touchait à sa dernière heure, vinrent prendre auprès d’elle ses instructions suprêmes pour le gouvernement de la Société. M"° Duchesne la pria de rester à Fleurissant pour lui succéder. « Mais, dit-elle, la trouvant trèsopposée à ce plan, je me suis résignée à vivre encore, si Dieu le veut ainsi... Je n'étais pas prête pour la mort, j'ai encore besoin et sujet de pénitence ?. »
La vie que Dieu lui réndait, M"° Duchesne en fit une mort anticipée par la plus profonde mortification. Son séjour à Fleurissant, de 1334 à 1841, n'offre pas assez
1 À Mme Audé, 9 novembre, p. 1-2.
? Saint-Ferdinand, 8 novembre 1834,