SA VIE DE RENONCEMENT
d'événements mémorables pour que nous en écrivions une histoire suivie. Dans les dernières années de cette humble existence, les événements sont peu de chose, les sentiments sont tout. Le tableau de ces sentiments, tels qu'ils vivent dans ses lettres, nous fera voir la marche ascensionnelle d'une âme qui, détachée de tout le reste, ne cesse de s'élever de vertu en vertu, en s’approchant de Dieu.
Nous l'avons vue déjà se lever et grandir dans l'amour de la pauvreté, Elle lui fit, à cette époque même, un beau sacrifice. La cathédrale de Saint-Louis venait d’être consacrée par M" Rosati, assisté des évêques de l'Ohio, de Bardstown, du Kentucky et de Vincennes; « et toute l'assemblée s'était réunie à dire qu'on n'avait jamais rien vu de si beau dans le nouveau monde! » Les évêques avaient promis de se rendre à Fleurissant, auprès de M"° Duchesne. « J'étais contente, écrit celle-ci, j'étais contente surtout de voir M" Bruté, qu'on m'avait comparé au P. Barat pour la science et la direction. » Il y avait longtemps que ses lettres exprimaient ce désir : désir d’une sainte, qui aspire à voir un saint, et à s'ouvrir à luil Elle lui. avait naguère demandé par écrit de venir prêcher à ses filles les saints exercices, et nous avons la lettre par laquelle l'évêque s'excuse d’être empêché par ses immenses travaux. Celte fois, M"° Duchesne n'avait qu'une instance à faire... La pauvreté de sa résidence ne le lui permit pas. « N'ayant, dit-elle, trouvé dans notre petite maison, pour recevoir ces prélats, que moins de cinq francs en caisse, j'ai détourné le coup, ou plutôt, la Providence l’a détourné de nous. » La simplicité de ces lignes laisse-t-elle voir assez l'éten-
due de leur héroïsme, et le prix qu’il coûla à M"° Duchesne?
Le séjour de Fleurissant allait bien d’ailleurs à ses goûts d'abjection, de travail, de solitude et d'union à Dieu. « Ma vie est ici la même qu’à Saint-Louis, écrivait-elle en France ; réveil des sœurs le matin, visite du soir , visite de punaises, neltoyage, balayage, voilà mes occupations. » Et quelques semaines après : « La maison “où je suis ne peut fournir aucune nouvelle. La porte quelquefois ne s'ouvre pas de la journée; et le salon, ouvert le dimanche, reste fermé ensuite d’un dimanche à l’autre. C'est une solitude qui m'est bien agréable ?. » L'ancienne visitandine se retrouvait dans le cloître.
Ce lui était une gloire d’habiter la plus humble et la plus chétive maison de la Société. Elle en écrivait ainsi à ses sœurs de France, durant le temps de Noël 1836 : « Mes révérendes mères et sœurs, la petitesse où s’est réduit l'Enfant Jésus, en ce temps consacré à nous rappeler ses humiliations, ne vous permettra pas de dédaigner les souvenirs et les vœux de la plus petite comme de la plus abjecte des maisons du Sacré-Cœur. En compensation de notre dernier rang, nous sommes dans la maison vouée expressément à saint François Régis, nous avons dans notre église cet autel promis par un vœu fait en France, pour obtenir sa protection sur nos missions d'Amérique *. »
Au sein de ce pauvre séjour, la plus pauvre des religieuses était M" Duchesne. « C'était le saint Francois d'Assise de la Société, » nous disent les récits de
1 Fleurissant, 19 novembre 1834.
2 Ibid., 17 février 1835, 3 Jbid,, 1er janvier 1836,