SA VIE D'OBÉISSANCE
sud, elle en conçut d’abord les plus vives appréhensions : « Je n’en ai pas le courage, ma mère, écrivitelle à la supérieure générale; je suis ici plus à portée des secours spirituels qu’en aucune autre partie des États-Unis. C’est tout ce qu’il faut pour finir mes jours. Me Xavier, je le sais, a dit que je les terminerais auprès d'elle; mais je le redouterais beaucoup, sachant que pendant trois mois on n’a pas eu de messe chez elle, ni fêtes, ni dimanches. Je ne me sens pas la conscience assez calme pour vivre tranquille éloignée des derniers secours. Veuillez donc, je vous en prie, ma digne mère, me laisser mourir dans le Missouri; j'y obéirai à qui vous voudrez !. »
Les mêmes craintes se renouvelèrent encore deux ans après, et M"° Duchesne ne manqua pas d’y opposer les mêmes objections ?. Cependant le plus parfait n'est-il pas, selon la célèbre maxime de saint François de Sales, de ne rien demander, de ne rien refuser, de ne rien désirer? M"° Duchesne eut scrupule d’avoir tant insisté pour être maintenue dans sa petite maison, et voici ce que nous lisons dans une de ses lettres d'alors : « Par le conseil de nos pères, je me rétracte, quoique avec beaucoup de peine, de-la demande que je vous ai faite de ne pas être envoyée ailleurs. Je suis prête à obéir, dans tel changement qui vous plaira, quoi qu'il m'en coûte, et quelque appréhension que j'en éprouve. »
L'amour de Dieu, la prière, l'oblation perpétuelle d'elle-même pour les âmes, peuplaient cette chère retraite, et relevaient cette abjection de M"° Duchesne,
1 Fleurissant, 9 novembre 1834.
2? Lettres du 4er janvier, 10 avril, 22 mai 1836. 3 Fleurissant, 1er décembre 1834.
C’est par là qu’elle échappait au monde inférieur, et que, des sombres régions de la mort spirituelle, elle entrait dans la pleine vie, comme nous allons le voir.
M"° Duchesne vivait de Dieu. Ses aspirations les plus ordinaires étaient des actes d'union et d’offrande à Jésus-Christ : « Oui, mon Jésus, c’est pour vous! O mon Jésus! miséricorde! » Ces grands et rudes sacrifices que nous venons de décrire, elle en faisait hommage chaque jour à son Époux, par cette prière d'elle, que l'on a retrouvée écrite de sa main : « Accordez-moi, Seigneur , demourir à toutesles choses de ce monde, et que pour l'amour de vous je sois méprisée et méconnue. Faites que je prenne en vous mon repos, et non dans aucune des choses d'ici-bas que je pourrais désirer. Que mon cœur trouve en vous, et vous seul, son asile, car vous êtes sa vraie paix. Hors de vous tout est pour moi vil et méprisable. »
Une lettre de cette époque nous permet d’entrevoir quel était son genre d’oraison : c'était l’oraison de simple vue, comme on en juge par les lignes suivantes: « Nous nous trouvons trois, le soir, avant la prière. Là, si je puis'dire trois phrases et parler trois minutes, comme préparation du sujet d’oraison, c’est tout. Je n’ai jamais pu réfléchir sur une chose, je la vois. Etce que j'ai vu, c’est ce que je verrai désormais dans dix ans, sans y changer ou ajouter. Je ne sais rien voir en détail ét par partie. Un objet me frappe, c'est en entier, je n’y vois point de divisions. Quand on parle ou prèche longuement, malgré moi, je réduis à peu de mots tout ce qui se dit. Je ne comprends pas comment on peut amplifier un sujet. Dans cette disposition, toutes sortes de mé-