SON ORAISON DE SIMPLE VUE
thode et de considération ne deviennent pour moi que des égarements d'esprit !. »
On le voit, chez M"° Duchesne, l’âme et l'intelligence étaient tout d’une pièce comme le caractère. Saisissant son objet d’un droit et simple regard, elle ramenait en elle toute opération spirituelle à cette unité, dans laquelle nous verrons Dieu quand nous serons dans le ciel. « L’oraison la plus pure et la plus intime, écrit Bossuet, est celle de simplicité, qui consiste en une simple vue, regard ou attention amoureuse en soi, versquelque objet divin. L'âme, quittant le raisonnement, se sert uniquement d’une douce contemplation, et, ainsi exposée aux rayons du divin soleil de justice, elle en reçoit les influences qui lui font porter toutes sortes de vertus. »
Le cœur de M"° Duchesne se portait avec une passion indicible vers le saint Sacrement. On nous l'a dépeinte à genoux, devant le tabernacle, pendant des heures entières, ne pouvant se séparer de l'Époux éternel. Celte passion de sa jeunesse était devenue un feu qui la consumait. Non contente de la messe de communauté , elle voulait en outre entendre toutes celles qui parfois se disaient dans la maison. Elle était heureuse surtout, quand l’absence du servant lui fournissait l’occasion de remplir près de l’autel cette fonction des anges. Elle le faisait à genoux, sans appui, quels que fussent le nombre des célébrants et la longueur des saints mystères. La communion était son pain quolidien. Nous avons vu quel supplice lui infligeait la pri-
1 Fleurissant, 9 novembre 1834.
2 Bossuet, Manière courte el facile de Fes l’oraison en foi el de simple présence de Dieu; œuvres complètes, &. IV, p. 610, Outhelin-
Chalandre. 1840.
vation de ce Dieu de son cœur. Nous verrons bientôt son union avec Lui devenir une sorte d’extase qui la transfigurait.
Elle retrouvait Jésus-Christ dans ses chères enfants. C’est Lui qu’elle leur donnait dans ses instructions, dans ses corrections. « Elle nous rendait vivantes, elle nous rendait réelles les vérités divines, » écrit une de ses filles. Il arriva plusieurs fois que des évêques, la surprenant parlant de Jésus-Christ à ses pensionnaires, élaient émerveillés, et déclaraient qu’un prêtre ne saurait pas mieux dire. Mais sa grande prédication était son exemple. On sentait Jésus-Christ vivant et parlant en elle : c'est de là que lui venait l'autorité supérieure qu’elle avait sur la jeunesse. « Savez-vous, disait-elle aux enfants indociles, que ce que vous faites là déplaît à Jésus-Christ! » Et cette seule parole les faisait tomber à genoux. « Qu'on me mène à M"° Duchesne, répondait une enfant à bout de résistance. Avec elle je m'entendrai. Elle me parlera de Jésus-Christ, je lui demanderai pardon , je lui baiserai les pieds. » C'était à son tribunal que, dans les conflits et difficultés, on faisait appel en dernière instance :.il semblait que Dieu même y siégeait dans la personne de ce juge équitable et bon.
Après Dieu, ce qu'elle aimait le plus, c'était la Société du Sacré-Cœur-de-Jésus. « Les récréalions se passaient à nous parler de l'origine de cette chère famille, disent les letires d'Amérique, de la mère Barat, du R. P. Varin, du P. de Tournély, de M. Perreau, de tout cet âge d’or de notre fondation. Elle avait transcrit de sa main toutes les lettres de notre mère fondatrice , elle les portait sur elle ; elle les lisait à genoux,