SON AFFECTION POUR SA FAMILLE
lation pour vous, lorsque le divin Maître vous appellera à Lui, de laisser après vous une nombreuse famille qui continuera de travailler avec ardéur à l’œuvre à laquelle vous avez sacrifié votre liberté, votre repos, votre vie !! »
Il est temps de l'ajouter : la première famille de M°° Duchesne, sa famille naturelle vivait toujours dans son cœur, comme aux jours de sa jeunesse. Rien ne se perdait, dans cette âme, de ce qui était légitime et voulu de Dieu. « Dieu, dit saint Jérôme, a disposé en nous les degrés de la charité. Ces degrés, les voici : Il faut aimer Dieu d’abord; puis après Dieu, nos parents?. » S'intéressant donc à tout ce qui regardait les siens, M"° Duchesne leur adressait des lettres qui sont dictées par le cœur d’un apôtre, autant que d'une sœur : « Ma bonne amie, écrit-elle à M"° de Mauduit, je viens m’informer de tout ce qui te touche, car il me semble que des liens particuliers m'unissent à toi : c'est sans doute notre commun amour pour saint Régis. Dis-moi si la piété d'Amélie se soutient ; combien a-t-elle d'enfants? Comment va son mari? Et toi, comment supportes-tu ta solitude? Combien je te désire cette abondance de consolations qui se trouvent dans le Cœur de Jésus, et qui dédommagent des privations les plus pénibles à la nature! Je suis souvent occupée de ma bonne sœur, et je ne cesse de lui souhaiter tout le bonheur qu’elle mérite, et que son âme sensible voudrait donner aux autres ÿ. »
1 Paris, 3 sept, Recueil de Mme Duchesne, lettre 125e, p. 28.
2? Et in Cantico canticorum legimus : Ordinavit in me charitatem. Hic ordo in omni affectu necessarius est: ama, post Deum, patrem; ama matrem, ama filios. (Hier., lib. V in Matth., cap. x.)
3 À Mmes de Mauduit, à Granne, près Lorio, 29 juin 1822; et 28 déc. 1823.
Éloignée à jamais de tous les siens sur la terre, elle ne s’en consolait que par l'espérance de les retrouver dans le ciel : « J'ai appris, écrit-elle dès 1828, tant de morts dans notre famille depuis que je suis en Amérique, et de morts de personnes plus jeunes que nous, que je ne sais plus si je dois compter parmi les vivants tous nos amis d'enfance. Les uns et les autres nous nous sommes tous attendus à un adieu pour cette vie. Il ne nous reste donc qu'à soutenir par de bonnes œuvres le doux espoir de nous réunir pour toujours dans l’autre !, »
Elle les exhortait à en prendre le chemin. A ceux qui s’en écartaient elle rappelait le grand but : « Pense-t-il à imiter sa pieuse mère? demandait-elle en parlant d’un de ses proches. C'est là le premier de nos vœux, et l'objet de mes prières, car il vieillit ?. » À ceux qui marchaient dans les sentiers du ciel, elle disait d'y avancer chaque jour davantage. Elle écrivait à sa nièce M'e Constance Jouve : « Ma bien chère amie, je veux te presser de plus en plus d’imiter ta sœur aînée, Aloysia, dont la vertu et la mémoire nous consolent. Sa protection dans le ciel nous sera utile, si nous marchons sur ses traces. Altire-toi, comme elle, la confiance et l'amour de tes bons parents, ainsi que les grâces de Dieu les plus spéciales par ta généreuse fidélité. Prie beaucoup pour moi *, »
Constance et Joséphine, à l’imitation de leur frère Henri et de leurs sœurs Aloysia et Amélie, entrèrent en religion. En apprenant cette nouvelle, le premier
1 À Mess Jouve et de Mauduit, Saint-Louis, 3 juin 1828, 2 Saint-Louis, 23 juin 1828.
3 Fleurissant, 10 mai 1825,