SES NIÈCES RELIGIEUSES
mouvement de M"*° Duchesne fut de rendre grâce à Dieu ; le second fut de consoler une mère ainsi privée de cinq de ses enfants. Elle écrivait à sa sœur, en 1829 : « Je sens combien le sacrifice de ta Constance est grand et combien tu te trouves isolée après avoir élevé de si nombreux enfants. Mais considère qu'ils sont plus à Dieu qu’à toi-même ; aide-toi aussi de ces considérations que, même dans ce monde, les enfants goûtent plus de bonheur au service de Dieu que dans les plus brillants établissements du siècle {, »
Puis, quelques années plus tard, en 1836, parlant de Joséphine et de sa vocation : « J'ai de la peine àte voir seule ; mais c’est en multipliant tes sacrifices pour le salut de tes chers enfants que tu augmenteras tes mérites, et assureras plus certainement leur vrai bonheur. Le monde a été sauvé par la croix, et les vertus ne sont solides qu'à son ombre ?. » Et enfin l’année suivante, 1837, apprenant l'entrée en religion de cette dernière nièce : « Ma bien chère sœur, si la grandeur de l’oblation d'Abraham a été tant exaltée, si Dieu lui-même l’a récompensée et louée si noblement, que ne fera-t-il pas pour toi qui as offert cinq victimes choisies à son cœur reconnaissant? Ce n'étaient pas des rebuts de famille, que l’on a conduits à l’autel, pour mieux établir des frères plus aimés; ce sont les plus belles prémices, tes premiers fruits, les dons d’Abel et de Salomon; ce sont des enfants qui auraient pu briller dans le monde, et jeter du lustre sur leurs parents, en s'y établissant avantageusement : c'était vraiment la moelle de l’holocauste. Si tu reçois déjà le
1 Saint-Louis, 29 août 1829, 2 À Me Jouve, 20 mars 1836.
centuple en ce monde, par la bonne réputation de ceux que tu as donnés à Dieu, quelle sera ta joie de les retrouver au ciel, couronnés de gloire, bénissant la main qui les a guidés, et lui faisant escorte par reconnaissance | »
Heureuse, par-dessus tout, d'appartenir au Sacré- Cœur, c'était naturellement vers la Société dont elle était la fille que M"° Duchesne inclinait les préférences de ses parentes appelées à la vie religieuse ‘. Rien d’exclusif toutefois dans ce zèle filial de M" Duchesne ; et parlant de Joséphine, qui avait fait choix de l'Adoration perpétuelle du saint Sacrement : « Ne crains pas, écrit sa tante, que pour cette raison j'aime moins Joséphine que mes autres nièces. C’est Dieu qui a fait toutes les sociétés religieuses ; il s'y prépare dans toutes des âmes privilégiées. Les voies sont différentes, mais elles vont au terme qui nous réunira, j'espère ?. »
L'amour de sa famille, de sa famille religieuse et de sa famille. du monde ne suffisait pas au cœur de M" Duchesne. Jésus-Christ vit dans l'Église. L'Église universelle avec son chef, ses œuvres, ses combats, ses souffrances, vivait dans le grand cœur de la servante de Dieu. Elle aimait le Saint-Siége : « Elle cherchait soigneusement dans les journaux catholiques des nou-
1 C’est ce bonheur qu’elle souhaitait à sa meilleure amie, Mme de Rollin, en apprenant son veuvage. « Je voudrais que Mme de Rollin, après avoir si bien rempli tous ses offices au milieu du monde, dans les obligations d'épouse et de fille, se consacrât aujourd'hui à l’aimable Cœur de Jésus. Sa plaie est trop profonde pour lui proposer maintenant un semblable appareil; mais je ne m’étonnerais pas qu’elle en eût la volonté un jour, et qu’elle ne fût utile dans la Société *, »
2 Fleurissant, 11 juin 1837.
* Lettres à sa famille, Fleurissant, 19 février 4834.