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LES PROGRÈS DE L'ÉGLISE AUX ÉTATS

qui en assuraient la force et la stabilité. Chaque évêché nouveau devenait un ardent foyer d’apostolat rayonnant en tous sens sur une contrée entière. La grande arme de ces conquêtes était l'éducation. Pour ne parler ici que des écoles de filles; outre le Sacré- Cœur, les Filles de la Charité de M° Seton, les Loretaines, les Dominicaines, les Ursulines, les Visitandines, les sœurs de N.-D. de la Merci, même les Carmélites autorisées par le Pape, s'étaient vouées à cette œuvre. À l’enseignement oral se joignait une prédication plus puissante peut-être et plus universelle : celle de la presse catholique. Le Pasteur de la Vallée publié à Saint-Louis, le Télégraphe catholique publié à Cincinnati, les Mélanges catholiques imprimés à Charleston, sans compter plusieurs autres feuilles ou revues analogues, luttant avec avantage contre les Tracts protestants, éclairaient le combat et harcelaient l'ennemi. La charité comme toujours décidait la victoire. Le choléra de 1833 l'avait mise en lumière. Il en avait coûté à l'Église un grand évêque, M” Fenwich, plusieurs prêtres et un grand nombre de sœurs de Charité; mais sur ce terrain du dévouement sacerdotal, exercé parmi les épidémies au péril de ses jours, le protestantisme était en fuite. En vain ses revivals et ses camp meeling essayaient-ils de ranimer le fanatisme religieux : Dieu était avec nous. On citait même des miracles qui en étaient le signe et qui faisaient monter l'espérance dans tous les cœurs.

Cependant à ces triomphes se mêlaient pour l'Église des douleurs dont le coup retentissait dans l’âme de M" Duchesne. À cette époque l'Amérique subissait la désastreuse et impie présidence d'Andrew Jackson.

Ce fut une crise pour la religion, non moins que pour l’Union. Sous son gouvernement, les violences exercées contre les catholiques étaient assurées d’une impunité qui équivalait à un encouragement. M"° Duchesne en témoigne. Au milieu de l'été 1836, un incendie dévora la vieille église de Fleurissant en menaçant la nouvelle. On avait entendu dire à des protestants : « L'évêque catholique est trop fier de son église : cela lui coûtera cher. » A Sainte-Marie-du-Sault, l’église renfermant le corps de la vierge iroquoise Catherine Tagacuitha avait subi le même sort'. À Boston, le couvent des dames ursulines était réduit en cendres : « C’est un attentat plus affreux que ceux de la Révolution française, » écrivait Me Duchesne, et elle ajoutait : « Un tel crime commis au centre d’une grande ville, sans que les cou- .pables aient eu aucune punition, peut tout faire craindre pour l'avenir. » Les gazettes protestantes désignaient aimablement les maisons du Sacré-Cœur sous le nom de « maisons du diable ». On ne manquait pas de dire qu’une armée de Jésuites, ne comprenant pas moins de cent quatre-vingts religieux au service de l’éranger, était incompatible avec l'existence d'un gouvernement libre et démocratique. On devait dénoncer au Congrès américain une formidable coalition d’au moins cent cinquante mille catholiques réunis dans le Sud pour la destruction universelle ! Il s'agissait de frapper la France et l'Irlande, en arrêtant le cours de cette émigration. On s’aperçut à temps que c'était amener la ruine des États, et que Jackson faisait courir au pays un péril plus dommageable que celui dont il menaçait l'Église.

1 Mme Duchesne, {+ juillet 1836,

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