PROJET DE FONDATION INDIENNE
cher troupeau à un Jésuile, qui depuis nous a fait visite, et nous a fait part de ses consolations. »
Les désirs apostoliques de M° Duchesne, réchauffés par ces exemples, couvaient donc dans son sein, de plus en plus pressés d’éclore, lorsque, en 1840, elle profita du séjour que faisait en France Mer Rosati pour le conjurer par lettre de les faire valoir auprès de M"° Barat. L'évêèque lui adressa de Paris la réponse suivante : « L'exemple que vous avez donné en quittant l'Europe pour aller faire le premier établissement du Sacré-Cœur en Amérique, est encore assez puissant pour engager un bon nombre d’autres à le suivre : Dieu en soit béni! Je suis bien un peu surpris d'apprendre que maintenant vous demandez à quitter le Missouri, pour aller chez les sauvages ; mais lorsque l’on aime Dieu, on ne dit jamais : C’est assez. Si je ne vous connaissais pas, je dirais : C’est trop ! mais non, je vous connais assez ; et je vous dirai : ALLez | Suivez votre attrait, ou plutôt la voix de Dieu. Il sera avec vous. Je le prie de vous bénir!. »
Cette lettre était une force pour M"° Duchesne. D’autre part, le P. de Smet insistait lui aussi sur la nécessité d’une maison du Sacré-Cœur parmi les tribus indiennes. « Madame, disait-il à la mère Galitzin alors à Saint- Louis, croyez que vous ne réussirez jamais dans ce pays si vous n'attirez la bénédiction de Dieu en fondant un établissement chez les sauvages. — Eh! mon père, c'est le désir de ma mère générale; mais nous n'avons pour cela ni argent ni sujets. — Ma mère, il le faut ! » Tous deux convinrent de prier à cette intention.
Le projet chéri de M"° Duchesne prenait donc de la
! Paris, 15 juillet 1840. Autogr.
consistance, Le 6 janvier 1841, fête de l'Épiphanie, ayant eu un entretien avec le P. de Smet, qui la vénérait comme une mère, M"° Duchesne fut pressée par ce missionnaire de présenter à ses supérieures une demande en règle. Le lendemain elle écrivit à M"° Gahitzin, appuyant sa requête sur la volonté de Dieu, qui, disait-elle , « ne l’avait laissée vivre que pour cela! » — « Voilà, expliquait-elle, trois maladies graves que je supporte en Amérique; jamais je n’avais aussi bien cru que je sortirais de ce malheureux monde, où je ne faisais qu'offenser Dieu. Le jour surtout de l’Immaculée-Conception et celui de Noël, j'avais joint à cet état de sacrifice si pénible, de si ardentes prières, pour obtenir de me voir enfin à mon terme, que je me croyais presque exaucée. Il n’en a pas été ainsi. Or je crois comprendre le mystère de cette résurrection. » Ici M"° Duchesne, rappelant à grands traits que son but premier, en partant pour l'Amérique, avait été de porter l'Évangile aux sauvages, disait dans son style abrupt, à peine correct, mais singulièrement énergique : « Surtout hier , fête des Rois, la visite du Père qui revient des montagnes Rocheuses a tellement réveillé mes désirs et mon ardeur, que je me suis sentie comme ressuscitée par l'espoir que je serais de la mission qui s'offre maintenant sous les apparences les plus favorables. »
Les avantages de cette mission des Potowalomies étaient expliqués par elle dans les lignes suivantes : « Le missionnaire que j'ai vu hier (c'est toujours le P. de Smet) nous a dit bien des choses qui rendent l’établissement facile : la proximité des petites villes, la sûreté du lieu, à l'abri de toute incursion. Sur quoi il nous a fait une obligation de saisir la place, avant qu’elle soit