‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 237 sur 270 · SON VOYAGE VERS LES INDIENS · texte numérisé non relu

SON VOYAGE VERS LES INDIENS

de la mission en priant pour nous. » Toutes les maisons d'Amérique envoyèrent des secours en argent ou en linge. L'évèque de Natchez vint lui-même à Saint- Louis, la veille de l'embarquement, et donna à la colonie sa bénédiction. Une vingtaine de personnes, messieurs et dames, accompagnèrent les religieuses jusqu'au bateau ; une somme de cinquante piastres leur fut encore remise au moment du départ. C'était le 29 juin, en la fête des Apôtres saint Pierre et saint Paul.

« Le voyage par eau sur le Missouri, écrit M"° Mathevon, ne présente aucun danger. C'est une belle rivière, bordée de coteaux, de montagnes et de rochers couronnés d’arbres verts. La nature a donné à ces rochers les formes les plus fantastiques. Les uns semblent un vase de fleurs, du sein duquel se lève un arbre gigantesque. D’autres affectent la forme de paniers, avec leurs anses que l’eau a pris soin de découper et de façonner. De là s'échappent des arbres, de la verdure, des plantes. » Le voyage se faisait lentement; M"° Mathevon ajoute : « Notre steamboat est semblable à l’âne du moulin : il s'arrête à chaque ville ou habitation, d'où arrivent des foules qui demandent qui nous sommes... Le 4 juillet, fête de l'Indépendance, le P. Verhaegen a prêché aux passagers. Le sermon fini, on a applaudi en frappant des mains et des pieds ; ensuite on a bu le vin blanc à la glace, et nous étions de la partie. Nous jouissons d’une bonne santé. Quant à la mère Duchesne, elle se promène sur le pont, comme une jeune personne ‘. »

1 Fragments d’un journal de la mère Mathevon adressé à Mme Gray, (Recueil des Lettres sur les missions.)

Quatre jours après, le steamboat déposait les religieuses à la station de Westport, d'où M"° Mathevon écrivait ces lignes à l’assistante générale : « Nous avons bien senti la grâce de la vocation et celle du moment. Chacune est dans la joie et remercie Dieu de l'avoir choisie, Mère Duchesne a été assez bien toute la route; mais nous avons encore. deux jours de marche en voiture ‘. »

La voiture n’était qu'une affreuse charrette, dont le cahot causa la plus vive souffrance à la vénérable mère. Mais sa plus grande douleur, pendant tout le parcours, était de rencontrer des populations, villages et villes entières, sans églises, sans prêtres, sans écoles, sans Dieu. Plusieurs fois les habitants vinrent prier les religieuses de rester parmi eux pour élever leurs filles ; « mais notre mission indienne nous tenait trop au cœur, pour nous arrêter en chemin, » écrit M"° Mathevon. Après huit jours de marche, on arriva enfin, le 9 juillet 1841, sur les terres des Potowatomies.

La mère Mathevon raconte qu’elle était encore à dix-huit milles de leur village, sur le bord du fleuve Osage, arrêtée, pour y loger, chez un marchand français originaire de Lyon, lorsqu'elle vit arriver

deux sauvages qui commencèrent par se prosterner aux pieds du P. Verhaegen, en lui demandant sa bénédiction. Ayant soupé d’abord, ils racontèrent que, la veille, la tribu assemblée avait attendu jusqu’au soir l'arrivée des femmes du Grand-Esprit; mais elles n'étaient pas venues. « Allez dire que nous arriverons demain au premier soleil, » leur répondit le Père, qui les congédia.

1 Westport, 4 juillet. Lettres sur les missions des sauvages, p. 10,

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