SA RETRAITE A SAINT-CHARLES
tuaire , élait réservée comme chapelle particulière aux dames du Sacré-Cœur. Attenante à cette tribune se trouvait une petite cellule de huit pieds de largeur sur seize de profondeur. Cette cellule fut celle qu’occupa dix ans M"° Duchesne. Un lit de sangle sans rideaux, et si bas, qu'il servait de siége pendant le jour, une chaise, une malle vermoulue renfermant quelques écrits, les lettres et souvenirs de la mère générale, de pauvres livres de piété, quelques livraisons des Annales de la propagation de la Foi, et plusieurs vêtements et instruments de pénitence, composaient l'ameublement de cet humble vestibule de l'éternité.
L'arrivée de M Duchesne dans la communauté dt Saint-Charles fut saluée par ses sœurs comme une bénédiction. « Je suis environnée ici de tout ce qui peut m'édifier et pénétrer mon cœur de reconnaissance, écri-
evait-elle peu de jours après son retour; car toutes mes
sœurs, soit celles que je n'avais pas encore vues, soit celles que j'avais pratiquées déjà, sont remplies d’altentions pour moi !. »
Dieu, cependant, qui voulait que cette âme fût tout à Lui, s'appliqua désormais à la tourner de plus en plus vers les seules choses éternelles dont elle approchait ; et il est admirable de voir par quels coups de grâce, aussi rudes que salutaires, il acheva de la détacher de tous les biens d'ici-bas, extérieurs et intérieurs, avant de l'appeler à lui, comme on coupe les dernières cordes d'un aérostat, au moment où on s'apprête à le lancer vers le ciel.
Voulant d’abord lui apprendre que l’homme n’a point
1 Saint-Charles, 7 août 1842, à Mme Poilvin.
en ce monde de demeure permanente, et que les habitalions les plus justement chères ne sont que des tentes dressées dans un désert, il envoya un vent de contradiction et d’adversilé qui, des deux maisons qu’elle avait le plus aimées, ébranla la première et renversa la scconde.
C'était une double joie pour M"° Duchesne de retrouver à Saint-Charles la douceur de la retraite et celle des souvenirs ; et il y avait un an qu’elle jouissait de l’une et de l’autre, quand elle vit cette résidence menacée de suppression par le gouvernement de M"° Galitzin. Son premier mouvement fut de prier et d'écrire pour détourner le coup; et l’on pourra juger de l'amertume de sa douleur, par celte lettre adressée à une de ses filles de la maison de Saint-Louis, M" Boilvin : « Plus vous vous plaisez dans celte douce retraite, plus vous devez compatir au sort de la nôtre, sur laquell®æ il est permis de pleurer, et de répéter avec Jérémie sur Jérusalem : Les voies de Sion pleurent. Ne négligez aucun moyen de nous rendre Dieu favorable; et comme Jésus a promis de ne rien refuser à ceux qui l’invoquent par son adorable nom, mettez-le toujours en avant dans vos prières pour nous. Puis allez à Marie par le Memorare. Si celte épreuve doit se consommer , demandez que je meure auparavant : je ne me sens pas la force de supporter une telle affliction ‘. » Et dans une autre leltre écrite à la même date : « Ne manquez pas de prier pour notre résurrection. Redoublez d’instances auprès de saint Régis, pour Saint-Charles et Fleurissant. » En même temps elle écrivait en France pour demander
1 À Mwe Boilvin, 6 janvier 1844.