ELLE INTERCÉDE POUR SAINT - CHARLES
des prières à la Louvesc, aux mêmes intentions ‘. Dieu l’exauça : un mois après, la mère générale, répondant à la mère Régis Hamilton , permettait à Saint- Charles de continuer de vivre *. » Dieu avait voulu seulement avertir son épouse de ne pas chercher le lieu de son repos en ce monde, mais de se tourner vers l’autre. Le second coup fut plus rude; et, non content de lever son bras pour menacer, le Seigneur crut devoir l'appesantir cette fois sur la tête de la victime. M"° Duchesne eut la douleur de voir supprimer la maison qui, avec Saint-Charles, représentait et résumait les travaux de près de trente ans de sa vie apostolique : il ne lui fallait plus de trésor que dans le ciel. Fleurissant n'avait cessé d'exercer sur le cœur de la vénérable mère ce genre d'attrait particulier que possèdent les lieux où l’on a beaucoup travaillé, et surtout beaucoup souffert. S'il n'était pas le berceau premier de sa mission, il l'était du noviciat. Il lui semblait voir le ciel ouvert sur cette maison ; et que de grâces de choix en élaient descendues, sous la direction des Pères et par l'intercession de saint François Régis ! Toutefois, à cette époque, ce protecteur puissant avait été dépossédé de sa place d'honneur : l'autel élevé à saint Régis dans l’église paroissiale avait été démoli, , et la foi désolée de M"° Duchesne ne pouvait s’empècher d’en tirer de sinistres présages : « J’attribue tous nos maux à la destruction de cet autel, écrivait-elle dès l’année 1844 à M" Boilvin, et je voudrais bien le voir rétablir *, » Ef encore deux ans après : « Quand
1 À Mme Boilvin, 41 mai 1844; à Mme Jouve, même date, p. 165, 166, 2 Lettre de Mme Duchesne à Mme Boilvin, 9 juin 1844, 3 Saint-Cherles, 11 mai 1844.
j'ai su qu'on avait détruit à Fleurissant l'autel de saint Régis, et ôté de la chapelle les reliques apportées de Rome par M" Dubourg, je me suis attendue à quelque catastrophe !. »
Ce fut en l'année 1846 que la mère Maria Cutts, devenue vicaire de l'Ouest, après la belle mort de M"° Galitzin, crut devoir supprimer la maison de Fleurissant comme trop rapprochée. de celle de Saint-Louis. M"° Duchesne protesta que c'était lui arracher la moitié de son cœur, Nous lisons dans une lettre à M"° Barat : « Je me suis proposée à notre mère Cutts, pour tenir la maison, seule avec une sœur qui parlait les deux langues, d'y continuer l'école gratuite, d’y prendre soin de l'église et du prêtre qui est pauvre. La mère Cutts m'a répondu, au premier moment, que ce serait, en effet, un beau séjour pour moi. Je l'assurai de nouveau que je ne demandaif ni personnes ni argent. Pour la faire revenir de ses préventions contre mon âge avancé, je lui fis observer que l'on vivait longtemps dans ma famille, que j'espérais vivre plusieurs années encore, me portant beaucoup mieux; que cela donnerait le temps de voir des jours plus heureux ; que cetle maison, située dans un air très-sain, conviendrait toujours pour les personnes âgées, infirmes, convalescentes.. L'’espérance d'obtenir ce que je demandais avait séché mes larmes, mais voici qu'elles coulent plus amères que jamais; car, après avoir répété à la mère Cults que je vous écrirais , celle-ci m'a assuré, avant de partir, que votre parti était pris. » Enfin, en terminant : « Je compte sur votre bonté. Si je suis refusée, je me sou-
1 Saint-Louis, 19 juin 1846,