‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 246 sur 270 · FLEURISSANT EST SUPPRIMÉ ME · texte numérisé non relu

FLEURISSANT EST SUPPRIMÉ ME

mettrai, mais je ne serai jamais consolée : la plaie est trop profonde !, »

Cette plaie était une porte par laquelle Dieu voulait entrer de plus en plus avant dans ce noble cœur, comme le lui écrivait M" Kenrick : « Madame, c'est une croix que Jésus, votre divin Époux, désire que vous portiez pour l'amour de Lui *, » Fleurissant fut supprimé. Il était de la destinée de M"° Duchesne de monter à Dieu sur les ruines amoncelées de toutes ses affections, en se faisant de chaque douleur un degré pour s'élever vers l'éternité. Elle sut se résigner, mais non se consoler, elon l'entendait dire encore longtemps après : « Sainte-Marie et Fleurissant sont deux glaives dans mon âme; je les y porterai jusqu'à mon dernier soupir. »

Tout d'ailleurs élevait ses regards vers la cité permanente pour laquelle elle voyait partir, les uns après les autres, les meilleurs serviteurs et servantes de Dieu. M° Rosati, que nous avons vu se rendre en Europe, y était mort, laissant à son église de Saint- Louis une inconsolable édification. Autour d'elle, M'"° Duchesne voyait disparaître ses premières compagnes. Une de celles-ci, une des plus vieilles, la sœur Catherine Lamarre, venue de France avec elle, était morte à Fleurissant, dès 1844. Ce fut une belle mort. Comme elle aimait la musique, Catherine, avant d’expirer, manifesta son désir d'entendre jouer sur l'orgue quelques-uns des airs qu’elle affectionnait. On la satisfit; et c'est alors, au son de ces mélodies religieuses,

1 Saint-Charles, 5 juin 1846.

3 Saint-Louis, #9 juin,

que son âme s’envola vers le trône de l'Agneau pour y aller chanter le cantique des vierges.

D'autres voies, moins douces, plus hautes, étaient réservées à M"° Duchesne. Dieu sait qu'il y a des âmes assez grandes et assez pures pour n’aimer que lui seul, et lui procurer ainsi la gloire la plus parfaite qu'il puisse obtenir d'une créature libre. Aussi, ce Dieu d'amour ne laisse-t-il pas de repos à ces âmes d2 choix qu'il ne les ait amenées à ce faite sublime, les épurant, les séparant de tout ce qui n’est pas Lui, jusqu’à ce qu’elles arrivent à comprendre cette maxime de François de Sales : « Il faut vivre ici-bas, comme si on avait déjà le corps au tombeau et l’âme dans le ciel, »

Il y avait dans le cœur de M"° Duchesne une fibre plus sensible, plus délicate que les autres: celle qui la rattachait par tous les liens de l’amitié et de la religion à M"° Barat. Ce fut justement à ce point que le Seigneur frappa un coup de sa miséricorde, comme saint Bonaventure appelle ies salutaires douleurs qui creusent et élargissent en nous la place de Dieu !. L

Depuis environ 1845, M" Duchesne avait l'étonnes ment et la peine de ne plus recevoir de réponse aux lettres qu'elle adressait à celte mère chérie : « Cela me prouve davantage que je dois être sur la réserve, » observe-t-elle timidement et douloureusement. Et aux dernières lignes : « Je suis à vos pieds, attendant mon arrêt, el conserverai toujours un profond respect pour vous, et pour le père très-doux (elle parle du P. Varin) qui a donné commencement à notre sainte Société. »

1 O tormenta misericordiæ ! cruciat, sed amat, (S, Bonav )

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