‹ Histoire de Mme Duchesne [microforme]Chapitre 258 sur 270 · SES ADIEUX DES DERNIERS JOURS · texte numérisé non relu

SES ADIEUX DES DERNIERS JOURS

son fils. Il lui adressa en son nom, et au nom de ses néophytes indiens, la réponse suivante : « Madame, certainement je prierai le bon Dieu pour vous. Samedi et dimanche, j'ai offert le saint sacrifice à votre intention, et je vous ai recommandée particulièrement aux prières de tous mes confrères de Saint-Louis. C'est moi, Madame, et tous nos Indiens, qui vous avons de grandes obligations pour tant de prières que vous avez adressées pour leur conversion, et tant de charités exercées envers eux... Après avoir rempli la sainte volonté du Seigneur ici-bas, puis avoir reçu au ciel le prix de vos travaux, vous prierez là surtout pour nos malheureux Indiens. Quant à moi, j'ai la confiance que vous ne m'y oublierez pas, et je conserve précieusement la promesse que vous daignez m'en faire dans votre leltre !. »

Ces lignes apportèrent à M"° Duchesne une joie qu’elle s'empressa d'exprimer au P. de Smet par ce second billet : « Il faut que Dieu soit bien bon, puisqu'il me donne auprès de lui un tel intercesseur. Je vous prie de continuer à protéger mon âme; car si Dieu veut encore prolonger ma vie parmi les infirmités de l'esprit et du corps, je serai exposée à bien des tentations... » Cette lettre était signée : « Philippine Duchesne, qui a atteint sa quatre-vingt-troisième année le 29 août, »

Me Duchesne survécut quelques mois à la crise qui avait failli l'emporter en août. Ces dernières semaines offrirent chaque jour un spectacle qui n'était plus de ce monde, M”° Duchesne ne vivait plus que de Jésus- Christ et pour Lui. Chaque matin à l'heure de la messe,

1 Université de Saint-Louis, 23 août 1850 (traduit de l'anglais}.

on voyait la malade entrer à la chapelle, portée par deux sœurs, qui la faisaient asseoir auprès de la balustrade. Elle y communiait avec une vive ardeur. Cette communion sur le seuil de l'éternité rappelait celle de saint Jérôme, telle que l’a peinte le Dominiquin, lorsque le vieil athlète du désert, expirant soutenu par deux anges, salue l’Hostie divine de son regard de feu, et semble adresser à la mort qu'il appelle ces paroles du Cantique, qui furent son adieu en ce monde : « Viens, ma colombe, mon amie, montre-moi Celui que chérit mon âme, montre-moi où mon Époux paît le troupeau des élus et où repose mon Roi, »

Quand M"° Duchesne avait fait son action de grâces, les deux sœurs la reportaient à sa petite chambre. Cette nourriture céleste l'avait tellement dégoûtée de toute autre qu'il fallait recourir à divers expédients pour là sustenter. Comme l'ange de Tobie, elle avait un aliment immatériel, invisible, el comme lui aussi elle se tenait déjà devant le trône de Dieu.

Cependant elle sentait l'approche de l'heure suprème. Au commencement d'octobre elle l’annonça au P. de Smet par ces simples et fortes lignes : « Mon très- cher père, je ne puis point quitter cette vie sans vous exprimer ma reconnaissance. N'oubliez pas, après sa mort, celle que vous avez favorisée de vos bontés sur la terre. Elles sont pour moi un appui auprès du souverain Juge que j'ai tant offensé... Je me crois bien près d'entrer dans mon éternité: c’est ce qui me porte à me rappeler à votre charité. » Suivait encore la promesse de prier

1 Ce furent les dernières paroles de saint Jérôme mourant : Veni, columba mea, amica mea, ubi pascal Sponsus meus, ubi cubet Christus

MEUSe $

Page 1