VISITE DE LA MÈRE DU ROUSIER
pour les sauvages et surtout pour leur bon père ‘. » Les missions furent donc la dernière pensée de M"° Duchesne comme elles avaient été la première ambition de celte âme d’apôtre.
Le mardi 16 novembre, M"° Duchesne voulut se lever comme à l'ordinaire pour assister à la messe. Mais elle était si faible qu’on l’en empêcha. Ce mème jour fut pour elle le jour d'une grande grâce. Dieu, qui l'aimait, voulant l'aimer jusqu’à la fin, lui envoya une visite qui, dans ses desseins providentiels, avait un grand sens, outre qu'elle était destinée à donner à la mourante la plus désirée des consolations. |
Nous nous souvenons qu’au lendemain de son débarquement en Louisiane M"° Duchesne avait écrit à une de ses amies : « Si Dieu veut me laisser assez longtemps sur la terre, il me semble que je pourrai encore mettre le pied dans l'Amérique méridionale, ou à Lima, sous la protection de sainte Rose, ma patronne, ou à Carthagène, sous celle du P. Claver ?. » Cette seconde conquête, il ne lui fut pas donné d'y travailler ellemême; mais Dieu ne voulut point que ses yeux se fermassent sans en avoir vu l’ouvrière future.
Ce mardi, avant-veille de sa mort, la mère vicaire de l'Ouest, M"° Maria Cutts, vint de Saint-Louis à Saint- Charles, amenant avec elle une autre religieuse récemment arrivée d'Europe : c'était M" du Rousier, que la supérieure générale avait envoyée pour visiter ces contrées. Celle dernière n'avait jamais vu M" Duchesne; mais un pressant désir l'avait poussée à se rendre auprès d'elle en ce jour, malgré un temps affreux
i Octobre 1852 (sans date de jour).
2 À la mère Thérèse, 43 juin 1821,
et tout ce que l'on put faire pour l'en détourner. Me Duchesne la reçut comme la représentation de la mère générale ; elle lui demanda sa bénédiction, après quoi elle-même consentit à la bénir. « Offrez à Dieu vos souffrances pour le succès des travaux de la révérende mère vicaire, lui dit M Cutts, — Mais je ne souffre pas , répondit la sainte malade. — Eh bien! offrez vos privalions. — Oui, je les offrirai. » La mère Cutts fut forcée de revenir le même jour à Saint-Louis, ramenant avec elle la mère du Rousier. Cette visilatrice, bénie par M"° Duchesne, devait dès l'année suivante accomplir les vœux de cette mère expirante, en portant le Sacré-Cœur dans l'Amérique du Sud.
Le 17 vit s’aggraver l’élat de faiblesse de la vénérable mère. Le soir de ce jour, à neuf heures et demie, elle contraignit M" Régis Hamilton à prendre du repos, en lui disant d’un ton ferme : « Si vous n'allez pas vous coucher, moi je vais me lever. » Celle-ci obéit; mais elle revint bientôt, car elle était inquiète.
Malgré une toux incessante, la malade refusait de prendre aucune boisson, afin de ne pas rompre le jeûne eucharistique, et de pouvoir ainsi communier le lendemain, « Prenez, lui dit sa fidèle garde, il n’est pas encore minuit.— En êtes-vous bien sûre? » Il fallut qu'on lui donnât la même assurance à chaque fois qu’on lui présentait à boire. Sa chambre n'avait pas de feu : elle n'avait jamais permis qu'on en allumât. Cependant, la veille de ce jour, on avait profité de son assoupissement pour y mettre un poêle que l’on chauffa un peu. Le matin du mercredi, la malade s'en aperçut:et en fit à ses filles un reproche maternel : « Ah!.dit-elle, vous ne pensez qu'aux choses de ce monde; vous feriez bien mieux de réciter un