CHAPITRE PREMIER
FAMILLE ET NAISSANCE DE MM° DUCHESNE SON ÉDUCATION AU COUVENT DE SAINTE = MARIE SON NOVICIAT A LA VISITATION
Il y avait en France, à la fin du siècle dernier, une bourgeoisie de’ province que son intelligence, son travail et ses connaissances pratiques élevaient chaque jour davantage dans la considération comme dans la fortune. Par la gravité de ses mœurs, son esprit de famille, ses nombreuses et laborieuses générations d’enfants, c'était encore la vieille France ; mais il était déjà facile d'en pressentir une autre. Le souffle des temps nouveaux avait touché le front de la plupart des hommes de cette classe moyenne. Parvenue à l'influence, déjà prête aux affaires, elle rêvait le pouvoir; et quelque chose lui disait qu’elle touchait à son avénement.
C'est au sein de cette condition sociale et presque sur le seuil de cette révolution, que se place le berceau de M Duchesne. Plusieurs de ses proches, hommes
h HISTOIRE DE MADAME DUCHESNE
publics fort puissants, ont pris rang dans l'histoire. Les femmes de sa parenté ont été moins célèbres; mais elles n'en furent pas moins des femmes supérieures par l'intelligence, le caractère et ia foi, C'est grâce à ces dons, c'est grâce surlout à une persévérance de dévouement puisée aux sources d'une religion profonde, que la servante de Dieu dont nous écrivons la vie s'est trouvée finalement avoir fait davantage pour la dilatation de l'empire de son divin Roi que les hommes de son sang pour le triomphe de leurs idées, la gloire de leur nom ou l'utilité de la chose publique.
Les Duchesne, établis originairement à Romans, dans la Drôme, y avaient acquis une universelle notoriété commerciale par les produits textiles qu'ils expédiaient en France et dans les colonies. C'était une famille chrétienne où la piété florissait traditionnellement, comme on en peut juger par le grand nombre de religieuses que, jusqu’à l’époque de la Révolution, elle ne cessa de donner à la Visitation de cette petite ville. On y trouve, à la date de 1770, une jeune fille, Marie-Fortunée Duchesne, mourant à vingt-huit ans dans la paix du Seigneur, en répétant jusqu’à la fin « qu’elle n'avait encore rien fait, rien souffert pour Jésus-Christ, et priant qu'après sa mort on ne parlât jamais d'elle, sinon pour conjurer son très-clément Époux de lui faire miséricorde ». Une autre demoiselle Duchesne , encore pensionnaire dans le même couvent, se sentant près de mourir dans sa treizième année, avait obtenu de recevoir l'habit et de prononcer ses vœux le jour même de sa première communion. Témoin de ce spectacle, sa sœur Claire-Julie avait renoncé