SA FAMILLE
aux espérances que lui offrait le monde pour entrer dans ce monastère, qu’elle gouverna longtemps, et d'où elle dirigea une colonie jusque dans la Franche- Comté. Précédemment, en l'année 1754, on avait vu M'e Françoise-Mélanie Duchesne saisie soudainement, comme par la main de l'Époux, sur le seuil de cette même Visitation de Romans, où elle venait seulement pour faire une retraite, y rester et s'y consacrer au service de Jésus-Christ pour sa vie entière. Il faut encore nommer, parmi les religieuses de la même famille, Marie-Julie Tranchant, que nous reverrons à côté de M"° Duchesne, pendant les mauvais jours de la Révolution. Or si, comme on l’a dit, c’est déjà une grande avance sur le chemin de la justice que d’être de la race des justes, c’est aussi une grande avance sur le chemin de la sainteté que d'être de la race des saints. De telles intercessions planant sur un berceau expliquent les grâces précoces que nous y verrons descendre. Ces vierges font cortége à M"° Duchesne dans la voie qui mène à l'autel de Dieu; et l'on comprend que le Cœur sacré de Jésus-Christ ait été incliné à se choisir une apôtre dans une famille qui déjà lui avait donné tant et de si nobles gages.
M. Antoine Duchesne, négociant à Romans, avait eu de son mariage avec M'° Marie-Louise Enfantin ! deux fils, dont l’un suivit la carrière de son père, et dont l’autre, Pierre-François, entra comme avocat au parlement de Grenoble. Ce dernier se fixa dès lors dans cette ville, où l'éclat de son talent lui valut une
! De cette famille étaient le père Enfantin, fameux prédicateur des Pères de la Foi, et le fameux Enfantin, père des Saint-Simoniens.
alliance riche et distinguée. Il épousa M'° Rosc-Euphrosine Périer, qui lui apporta, — somme rare à cette époque, — une dot de cent mille francs. Les Périer, avant de se faire un nom dans le monde politique et le monde financier, en avaient un déjà fort considérable dans le monde industriel : les deux familles étaient donc parfaitement assorties. Quant à Pierre- François Duchesne, ü ne brillait pas seulement par les dons de parole et d'intelligence qui lui assignaient une place première au barreau de Grenoble, il se distinguait surtout par une énergie de volonté qui d’ailleurs était propre à tous ceux de sa race. Les femmes, en ceci, ne le cédaient point aux hommes, et nous lisons, dans les notes consacrées aux Duchesne de la Visitation : « C'étaient des âmes à forte trempe, que l'éducation de l’ancien régime avait encore fortifiées. Tel est bien d’ailleurs le caractère Duchesne : ce mot est proverbial dans notre monastère, pour exprimer l'énergie du bien chez cette famille dont, depuis plus d’un siècle, nous avons toujours eu quelques membres parmi nous, » Nous sommes obligés de dire que malheureusement celte énergie de caractère, M. Duchesne la mettait au service des idées philosophiques et libérales auxquelles nos parlements prêtaient alors un si téméraire appui. Son christianisme en avait ressenti un ébranlement profond. S'il avait encore le respect de la religion, s’il en avait retenu les croyances fondamentales, il en avait oublié les devoirs essentiels; ct nous verrons comment il ne fallut rien moins, pour le ramener à Dieu, que
1 Notes de la mère Françoise-Mathilde Maurin, de la Visitation Sainte- Marie de Romans, 19 mai 1876,